‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 136 sur 239 · ROBERT OWEN. WILLIAM ALLEN · texte numérisé non relu

ROBERT OWEN. WILLIAM ALLEN

fonds, avait cependant raison, cette fois, contre le trop circonspect Romilly : il retire des profits de ce placement philanthropique. C’est probablement James Mill, ami de William Allen, qui fut l'intermédiaire entre Bentham et Owen : car nous trouvons, la même année, James Mill et Francis Place occupés à reviser le fameux ouvrage de Robert Owen, les « Essais sur la formation du caractère !? ».

William Allen était un quaker, et, depuis 1841, James Mill collaborait à son journal the Philanthropist. En 1809, il avait été amené par lui à s'intéresser aux entreprises scolaires d’un autre quaker, Joseph Lancaster‘. Copiant les méthodes appliquées par le D' Bell à Madras, il avait fondé une école à Londres, et rêvait de couvrir l’Angleterre d'établissements dans chacun desquels mille enfants recevraient, par escouades de dix, l’enseignement de cent moniteurs, au coût de cinq shillings par an et par tête. Simple fou, n'ayant ni l’austérité de mœurs ni la prudence financière généralement caractéristiques du quaker, il n’avait échappé deux fois à la faillite que grâce aux secours reçus de riches quakers, de ministres dissidents, de philanthropes indépendants. En 1809, quand s'organise la Royal Lancasterian Institution, patronnée par le roi, la reine et le prince de Galles, pour diriger l’entreprise, William Allen est un des trustees, James Mill est membre du financial committee. C’est dans cette Société qu’il fait, en 1812, la connaissance de Francis Place, collaborateur de Lancaster depuis 180%.

Lancaster a recommencé ses extravagances. En 1813, à bout d'efforts pour réconcilier Lancaster et la Société, on décide de retenir le Lancaster system et de se débarrasser de Lancaster, à qui l’on confie un titre honorifique. Tandis que l’Association est réorganisée sous le nom de British and Foreign School Society, James Mill, Place, Wakefield, Brougham, tracent le plan d’un système intégral d'enseignement primaire et secondaire pour la ville de Londres : l’école que Lancaster avait dirigée, à Londres, dans Borough Road, transformée en école normale, et Londres divisé en districts, que gouverneront des commissions scolaires indépendantes. Pour commencer, on organise la West London Lancasterian Association avec la devise Schools for AU, qui est le titre de la brochure publiée en 1812 par James Mill, pour servir de manifeste au groupe.

Ce qu’il y a de nouveau dans l’idée de Mill et de ses associés, c’est l’extension du système lancasterien à l’enseignement secondaire. L'idée vient de Place, qui appartient à la classe des artisans devenus patrons, et souffre personnellement de l’absence d'établissements d'instruction où il puisse donner à ses neuf enfants l'éducation convenable, non pas une simple éducation classique, mais des notions un peu étendues de mathématiques, de langues vivantes, de politique et de morale. C’est la classe moyenne qui « contient, sans comparaison, la plus forte proportion de l'intelligence, de l’industrie et de la richesse nationales ; là se rencontrent

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les têtes qui inventent et les mains qui exécutent, l’esprit d’entreprise qui conçoit les projets et le capital qui les met en œuvre. En ce pays du moins, c’est cette classe qui donne à la nation son caractère. Une bonne éducation de cette portion du peuple est donc de la plus grande importance pour le bien-être de l'État. » Wakefield adhère, puis James Mill. « Mill, écrit Wakefield à Place, est toujours au travail, mais ne se montre jamais? ».James Mill soumet l’idée à Bentham, qui la fait sienne. IL offre son jardin pour l’érection de l’école. Deux magnifiques cotonniers s’y élèvent: on les abattra. Une plaque, sur le mur du jardin, rappelle que la maison a jadis appartenu à Milton : on supprimera le mur et la plaque'*. Bentham s’attache surtout à tracer le plan, architectural, administratif, pédagogique de l’institution ; le résultat de son travail, c’est l’ouvrage intitulé Chrestomathia, « recueil de documents pour expliquer le plan d’une institution que l’on se propose d'ériger sous le nom d’externat chrestomathique, pour l’extension du nouveau système d’instruction aux plus hautes branches du savoir, à l’usage des classes moyennes et supérieures. » L'ouvrage se com pose essentiellement de deux tables des matières : la première contenant le détail et l’ordre raisonné des matières enseignées; la seconde, les principes du nouveau système pédagogique que l’on précomise. Programme et méthode sont justifiés, au point de vue du principe de l'utilité, par une comparaison des avantages recueillis et des inconvénients encourus, des profits et

des pertes. C’est l’enseignement qui coûte le moins : six livres par an, évalue Bentham, quarante-deux livres pour sept ans. C’est l’enseignement qui rapporte le plus à l’élève, en raison de la disposition des matières enseignées, dans un ordre décroissant d'utilité, de sorte qu'aucun élève, quittant l'établissement à un âge quelconque, ne perde le bénéfice des années de classe déjà faites. Pour la première fois est tracé le programme d’un enseignement utilitaire, d’une chrestomaithie : suppression de l’enseignement classique”, l’enseignement scientifique justifié par son utilité”. — Autre manière de comparer les profits et les pertes, si l’on compare, d’un côté, la quantité d'instruction, portée à son maximum; d’un autre côté, la quantité de peine employée pour produire cet effet, portée à son minimum, par l’application des méthodes que Bell a imaginées pour rendre le travail attrayant?. Le programme se termine par une série d’appendices. Le premier, rédigé par Mill et Place, porte pour titre: « Proposition chrestomathique; proposition d’ériger par souscription et de conduire, sous le nom d'école chrestomathique, un externat pour l’extension du nouveau système aux plus hautes branches d’instruction; devant contenir six cents garçons et quatre cents filles, et estimé à cinq mille livres. » Les suivants contiennent des documents relatifs à des expériences pédagogiques similaires, antérieurement entreprises. Reste un quatrième appendice, énorme par ses proportions, et dont le caractère est purement théorique. L'école chrestomathique a rappelé

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