‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 137 sur 239 · LA « CHRESTOMATHIE · texte numérisé non relu

LA « CHRESTOMATHIE

l'attention de Bentham sur un de ses premiers manus- __crits. En 1769, lorsqu'il découvrait le principe du plus grand bonheur, il y avait vu le fondement de ce qui lui semblait être le seul arrangement encyclopédique correct et instructif — une carte ou un plan du champ de la pensée et de l’action ; et il nous raconte qu'il éprouva la sensation d’Archimède, découvrant son fameux principe, quand il jeta sur une feuille de papier sa première ébauche, grossière et imparfaite #. Après quarante ans écoulés, ou peu s’en faut, il reprend cette ébauche. Il s’agit d’une refonte de la classification des sciences de d’Alembert, qui est maintenant reprise au point de vue du principe de l’utilité : Les sciences classées les unes par rapport aux autres en raison non pas du caractère intrinsèque de leurs objets ou de leurs méthodes, mais en raison de leur utilité plus ou moins grande. Or, tel est aussi l’ordre dans lequel les matières doivent être enseignées à l’école chrestomathique. Bentham avait depuis longtemps abandonné l'étude des principes pour passer à l'examen des applications pratiques ; l'examen du problème pédagogique le ramène à l’étude des principes’{. Il en est de même, à la même époque, de James Mill; et cette direction nouvelle, donnée par James Mill à son activité intellectuelle, aura les conséquences les plus importantes sur la formation du radicalisme philosophique.

James Mill rédige, effectivement, en 1818, pour le supplément de l'Encyclopédie Britannique, l’article « Édution ». Il prend le mot au sens large que lui avait donné

Helvétius. « Tout ce qui, depuis le premier germe de° l'existence jusqu’à l’extinction finale de la vie, opère de manière à affecter les qualités de l'esprit dont le bonheur dépend à quelque degré, relève de notre enquête *.» Il y a donc une éducation physique — encore peu développée, mais dont on trouvera les éléments chez Erasme Darwin et Cabanis — et une éducation morale, qui comprend l'éducation domestique, l’éducation technique ou scolastique (la seule dont l’idée soit généralement éveillée par le mot d'éducation), enfin l’éducation sociale, dans laquelle James Mill distingue, à un autre endroit de son article, l'éducation sociale proprement dite et l’éducation politique. La fin de l'éducation, c’est le bonheur d’abord de l'individu dont on fait l’éducation, ensuite de ses semblables; elle est définie par James Mill «le meilleur emploi de tous les moyens que peut employer l’homme pour faire de l’esprit humain, au plus haut degré possible, une cause du bonheur humain ». D'ailleurs, la pratique ne se sépare pas de la théorie : car la théorie n’est que « l’ensemble du savoir que nous possédons à un sujet quelconque, mais dans l’ordre et sous la forme où il est le plus facile d’en tirer de bonnes règles pratiques? ». Or, la solution du problème pratique de l’éducation suppose la solution préalable de deux grands problèmes théoriques. D'abord, en vue de savoir de quelle manière les choses agissent sur l'esprit, il est nécessaire de savoir comment l’esprit est construit. Le moindre mal qui puisse arriver à celui qui essaie d’agir sur l’esprit, par des voies qui ne soient

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