L'ESSAI DE JAMES MILL
pas adaptées à sa nature, c’est de perdre ses peines. En second lieu, puisque le bonheur est la fin, et que les moyens doivent être exactement adaptés à la fin, il faut savoir quelles sont les qualités de l'esprit qui conduisent principalement au bonheur, tant de l’agent luimême que de ses semblables. La solution du second problème constitue une théorie de la vertu que James Mill ébauche en s'inspirant de la théorie grecque des quatre vertus. La solution du premier problème constitue une théorie de la vie mentale : et James Mill se trouve amené de la sorte, dans un essai pédagogique, à donner un résumé, sous forme historique, de la théorie de l’association des idées. Car les lois de succession des phénomènes mentaux sont les «lois de la nature humaine » sur lesquelles est fondée la science de l’éducation. « Puisque le bonheur, qui est la fin de l’éducation, dépend des actions des individus, et puisque toutes les actions de l’homme sont produites par ses sentiments ou ses pensées, l'affaire de l’éducation est d'amener la production de cerlains sentiments et de certaines pensées, au lieu d’autres. L'affaire de l’éducation est donc d’agir sur les successions mentales ?». L'article de 1818 est une première ébauche du grand ouvrage de Mill, paru one ans plus tard, qui fixera la doctrine psychologique du radicalisme philosophique, l « Analyse des phénomènes de l'esprit humain ».
| Mais, à l’instant même où Bentham et ses amis essaient de superposer, à un enseignement primaire réformé, un enseignement secondaire conçu sur le même
plan, de graves difficultés menacent l’exécution de la première partie du programme ‘elle-même. Car le problème pédagogique se complique d’un problème religieux. En opposition à l’ « Institution Royale Lancasterienne pour l'éducation des pauvres », dirigée par des dissidents, des libéraux, des libres-penseurs , se fonde en 1811 la « Société Nationale pour promouvoir l'éducation des pauvres selon les principes de l’Église établie ». Au nom
de Lancaster, qui applique les principes de Bell, on
oppose le nom de Bell lui-même, membre de l'église anglicane. Une vive polémique s'élève, entre l'Edinburgh Review et le Quarterly Review. James Mill est le polémiste attitré de l’Institution Lancasterienne : il écrit, en 1811, la brochure anonyme : Schools for all, in preference to schools for Churchmen only, et intervient, en février 1813, dans la « Revue d’Édimbourg » par un long article consacré à la question. La Chrestomathie de Bentham, en 1814, l’article « Éducation », de James Mill, en 1818, ne sont que la suite de cette polémique.
James Mill, dans l’essai de la « Revue d'Edimboureg », rappelle, en Ecossais fier de son origine, que l’idée de l'éducation populaire est une idée écossaise. Sur la question de savoir s’il faut faire de l'instruction du peuple un service public, il admet * qu’il est conforme aux leçons de l’expérience et aux principes d'Adam Smith d’être aussi ménager que possible des interventions gouvernementales. Pourtant, lorsqu'il arrive par malheur que le peuple soit extrêmement ignorant et
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