AMÉRIQUE, GRECE
que le parti libéral ou le parti réactionnaire, le parti de Bolivar, est au pouvoir . La doctrine de Bentham se propage encore dans la Méditerranée, en Italie , et jusqu’en Grèce. Le lieutenant de marine Edouard Blaquiere*’, un enthousiaste, se fait, dans ces régions, | « apôtre errant » de Bentham, le nouveau saint Paul du nouveau Dieu. Il est en Sicile ?!, puis en Espagne *, puis en Grèce, où l'envoie le Greek Committee qui a été organisé pour assister les insurgés de là-bas, et qui est aux mains des Benthamites. Un curieux conflit s'élève entre lord Byron et le colonel Leicester Stanhope, disciple fanatique de Bentham, et délégué du Greek Committee. Byron demande des armes, des munitions ; Stanhope, sur cinq cents livres environ qu’il dépense pour la cause, en emploie seulement une centaine à secourir ou armer les Grecs, dépense le reste à acheter des presses, imprimer des journaux, fonder des écoles lancasteriennes à Athènes et à Missolonghi #. C’est l’éternelle querelle du philosophe avec l’homme d’action, de l’idéaliste avec le réaliste. — « Jérémie Bentham, écrira Bentham lui-même quelques années plus tard, est le plus ambitieux des ambitieux. Son empire — lempire auquel 1il aspire — comprend toute la race humaine, en tous lieux, — dans tous les lieux habitables de la terre, dans tous les temps futurs?! ». Enivré par les éloges que lui prodigue depuis longtemps le zèle de ses disciples anglais, l’emphase de ses dévots hispano-américains, Bentham, qui n’a jamais distingué
bien nettement les domaines de la jurisprudence et de la morale, se sent devenir l’égal du législateur antique, de Solon ou de Moïse. Il présente indifféremment au président des États-Unis ou à l’empereur de Russie son projet d’un Pannomion, d'un « Corps complet de Lois ». Il rêve de partir pour la Suisse, pour l'Espagne, pour le Mexique, pour le Venezuela, de débarquer chez un peuple dont il ignorerait les préjugés traditionnels et locaux, comme Épiménide à Athènes, comme Platon à Syracuse. « Nul n’est prophète en son pays » ; mais n'est-il pas en voie de devenir prophète dans les pays lointains ? *
« Dans mon propre pays, écrit Bentham dans la même lettre où il s’enorgueillit du progrès de sa doctrine hors d’Angleterre, on parle moins de moi que dans aucun autre ; cependant ma renommée s’élend : allusions et citations fréquentes dans les livres, de temps à autre un panégyrique au Parlement. » Les « Traités » de 1802 ont, en 1804, subi le jugement, anxieusement attendu *f, de la « Revue d'Édimbourg » ; et le reviewer a bien voulu déclarer qu’ « un seul homme avait rarement produit une si grande quantité de raisonnements originaux.» Mais le principe de l'utilité a été condamné”, et c’estassez pour que Dumont s’offusque «de la scandaleuse irrévérence » de l’article *. En 1806 et en 1807, nous voyons Bentham échanger directement avec le ministère des vues sur la réforme des institutions judiciaires en Écosse *, Enfin c’est en 1808 que Romilly, entré au Parlement, prend le parti de se consacrer à l’œuvre de