LA PROPAGANDE DE JAMES MILL
occupés en même temps à extraire un ouvrage lisible des manuscrits illisibles de Bentham, Dumont, à l'usage du continent, et James Mill, à l’usage des pays de langue anglaise #. La terminologie et la philosophie de l’ouvrage remplissent déjà, en décembre 1809, un article que James Mill donne à la « Revue d’Edimbourg »#, L’ouvrage anglais est terminé en 1812, sous le titre d’« Introduction à la théorie des preuves »; mais le ton en est tellement âpre, que tous les libraires, malgré les efforts de Mill, trouvent dangereux de publier : une partie seulement est imprimée (en particulier le Swear not at all, critique de la formalité du serment judiciaire), et reste elle-même inédite #. En 1814, James Mill revise la « Table des ressorts de l’Action », qui paraîtra en 1817 #?.
Par d’autres voies, cependant, James Mill se rend peut-être encore plus utile à Bentham. Par l’intermédiaire, sans doute, de Jeffrey, le directeur, qu’il pouvait avoir connu jadis, à l’Université d'Édimbourg, au temps où ils y accomplissaient tous deux leurs études, James Mill est déjà devenu, lorsqu'il fait en 1808 la connaissance de Bentham, un collaborateur de la grande revue libérale, la « Revue d’Édimbourg ». A partir de 1808, il emploie systématiquement tous ses essais critiques à la propagation des idées de Bentham. L’émancipation des colonies espagnoles de l'Amérique du Sud", un ouvrage français de jurisprudence ‘‘, le Code Napoléon *, tout lui est prétexte pour appeler lattention du public sur le nom, les œuvres, la doctrine du maïtre. Son zèle n’est pas sans rencontrer des obstacles : il arrive à
Jeffrey de trouver que James Mill abuse de ses droits d'écrivain, de supprimer le nom de Bentham dans tel article de Mill, en respectant les idées, ce qui fait traiter Mill, à Holland House, de « plagiaire impudent * ». — Il poursuit la même œuvre dans le Philanthropist de son ami William Allen‘! ; la même œuvre encore dans le sixième Supplément de l'Encyclopédie Britannique, où tous ses articles sont autant d’essais pour fixer, sur des points divers, la doctrine benthamique. En matière de droit, il accepte à la lettre les doctrines de son maître, définit après lui la matière de la jurisprudence, les principes du droit des gens et les règles à suivre pour l'administration des prisons : ne s’était-1l même pas d’abord excusé auprès de Napier d’avoir à se charger de cet article, tant 11 avait le sentiment de ne rien pouvoir ajouter au Panopticon? 5 Il s’excuse encore à la fin de l’article lui-même : «le seul mérite, écrit-il, que nous ayons à revendiquer, c’est (si notre tentative a été heureuse) d'ajouter la clarté à la solidité ». Il s'inspire du traité de Bentham sur « l'Administration des Pauvres » dans ses articles Beggar et Benefit Societies. Seules, les idées qu’il expose dans l’article sur la « Liberté de la Presse » peut-être lui sont propres : elles constituent son véritable apport à la doctrine. Dans l’article Colonies, il combine les idées de Malthus sur la question de la population avec les idées de Bentham sur la déportation pénale; dans l’article Education, il s’inspire autant d’Helvétius et de Hartley que de Bentham pour définir la pédagogie utilitaire; enfin dans l’article