XVI INTRODUCTION
science de l’âme, analogue à la science newtonienne de la nature ? ou bien de ruiner la croyance à la causalité, à l’ordre des phénomènes naturels, de démontrer que, cette croyance étant sans fondement rationnel, tout ce que nous pouvons faire, dans la conduite de la vie, c’est de nous fier à l’instinct, sans essayer de le comprendre? Cette inspiration naturaliste et antiscientifique est peut-être l'inspiration maîtresse du nouveau libéralisme économique. L’art des doctrinaires du principe de l’utilité sera d’en dissimuler l'importance, de costumer le libéralisme en rationalisme, de lui donner, en son entier, l’apparence et le prestige d’une vérité démontrée, d’un système scientifique.
Il reste, d’ailleurs, que de ces deux principes — le principe de l'identification artificielle et le principe de l'identité naturelle des intérêts — c’est le premier qui semble le plus conforme à l'idéal utilitaire : étendre aux phénomènes psychologiques et sociaux les méthodes des sciences de la nature. Avec le second, nous sommes ramenés à la conception antique de la science. Le savant se borne à admirer l’ordre de la nature et paraît s'abstenir, comme d’un crime, de la troubler par son intervention ; la science cesse d’être active, pour redevenir contemplative. Il reste, en tous cas, que ces deux principes, ou, si l’on aime mieux, que ces deux formes de principe de l'utilité; sont contradictoires. Car, si le principe de l'identification artificielle des intérêts est vrai en matière de droit pénal, pourquoi ne pas en étendre l'application au domaine écono-