‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 16 sur 239 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

mique? De mème que le législateur est chargé de définir des peines proportionnées aux délits ‘et capables de les prévenir, il serait de même chargé de définir des récompenses proportionnelles aux quantités de travail fournies, et calculées pour stimuler, chez les hommes, les aptitudes laborieuses. Ou bien, inversement, si le principe de l'identité naturelle des intérêts est vrai, pourquoi en restreindre la portée au seul domaine économique ? Pourquoi ne pas conclure à la vérité de la thèse anarchiste, déclarer l'État inapte à punir comme à récompenser, demander labolition du gouvernement juridique comme du gouvernement économique ? Les deux solutions extrêmes paraissent logiques : la solution mixte le paraît moins ; et voici le seül moyen qui paraisse propre à la justifier. La doctrine utilitaire repose non seulement sur la loi de Putilité, mais sur une autre loi, presque aussi fondamentale, que nous appellerons la loi du travail. En d’autres termes, la philosophie utilitaire n’est à aucun degré une philosophie de la joie, un « hédonisme » pur et simple : elle pose en principe que tout plaisir coûte un travail ou une peine. Cela est impliqué par l’arithmétique morale qui permettrait, avec la comparaison quantitative des plaisirs et des peines, d'introduire le calcul dans les actions humaines. En matière juridique, les premiers adeptes du principe de lutilité sont disposés à fonder le droit de propriété sur la notion du travail plutôt que sur la notion d'utilité. En

matière économique, la notion fondamentale c’est la b

X VIIL INTRODUCTION.

notion d'échange, qui suppose elle-même la notion de travail : car, pour échanger, il faut avoir produit; pour avoir produit, il faut avoir travaillé, acheté (par une sorte d'échange qui est le prototype de tous) un plaisir, ou l’espérance d’un plaisir, avec de la peine. II ne conviendra donc pas que l'Etat, se faisant distributeur de récompenses, encourage les hommes à désapprendre cette dure loi du travail que leur enseigne la nature : d’où l'obligation pour l’État de ne pas intervenir dans les relations économiques. Mais l’État peut assister, imiter la Nature, qui punit l’homme lorsqu'il néglige de se conformer à la loi du travail : d’où, pour l’État, le droit de punir.

Mais, en admettant qu'il soit a de concilier, par cette interprétation, les deux applications distinctes du principe de l'utilité, il manque encore à la doctrine, aux approches de 1789, une pièce essentielle. Il existe un utilitarisme économique, il existe un utilitarisme juridique ; l’utilitarisme politique n'existe pas encore. Ce n’est pas à dire que le mouvement réformateur soit moins violent sur ce point que sur les autres. Nous sommes au temps de la révolution d’Amérique; Londres vient d’être livrée, pendant de longues années, aux agitations du Parlement, de la presse, de la rue; un parti réclame l'institution du suffrage universel. Pourquoi quelques rudiments laissent-ils seulement deviner l’importance future du principe de l'utilité dans l’unification de la doctrine radicale, l’avènement prochain du radicalisme utilitaire ?

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