LE ROLE PE JAMES MILL
jetées par lui en plusieurs directions ® ». Stuart Mill va plus loin, nie que James Mill ait été le disciple exclusif de Bentham, montre en lui un penseur indépendaut, dont la philosophie est faite de pièces empruntées à Hartley, à Malthus, à Ricardo, et non pas seulement à Bentham. Nous croyons ces remarques fondées.
Si, en effet, il va exister, aux approches de 1839, un radicalisme philosophique, sans doute la formation de ce dogmatisme collectif s'explique par des raisons générales. Certaines réformes, dans l’ordre politique, dans l’ordre économique, dans l’ordre juridique, sont réclamées par certaines sections distinctes de lPopinion publique, depuis la fin du xvirie siècle. En 1815, on peut dire qu'une fraction considérable et chaque jour croissante de l'opinion les réclame toutes avec une égale intensité. Il est, dès lors, nécessaire que l’homme, être intellectuel, éprouve Le besoin de systématiser tous ces besoins particuliers de réformes par rapport à un principe unique. Il est même presque nécessaire que ce principe soit le principe de lutilité, parce que ce principe est le fond même de l’entendement anglais, et que tous les penseurs, conservateurs ou démocrates, communistes ou partisans de la propriété individuelle et héréditaire, partisans du libre-échange ou protectionnistes, se réfèrent d’instinct à ce principe. Et par là, en un sens, Bentham se trouve élu pour prendre la tête du mouvement. Mais, abandonné à son propre génie, Bentham aurait-il jamais réalisé ce qui de longue date fut son rêve ? Bentham a fondé
la science de la morale et la science du droit sur le principe de l'utilité, ou, plus précisément, sur le principe de l'identification artificielle des intérêts. IL a adopté les notions économiques d’Adam Smith, dérivées du principe de l'identité naturelle des intérêts. Mais en 1808, il n’est encore ni radical, ni malthusien. C’est James Mill qui le convertit au libéralisme politique avancé. C'est James Mill qui, étant devenu benthamite, aperçoit : le lien logique qui existe entre les idées de Bentham et celles de Malthus, devient malthusien, et emploie Ricardo à incorporer les idées de Malthus à la tradition d'Adam Smith. James Mill, par les qualités de son esprit, est le logicien, le scolastique attendu pour achever la formation de la doctrine, en même temps que, par son caractère moral, il est le disciple idéal, désigné pour déterminer l'existence du groupe, de l’école.
« La connaissance des faits généraux de l’histoire moderne, écrit James Mill en 1810 dans la « Revue d’Édimbourg », n’est, après tout, qu’une introduction à cette connaissance exacte des affaires que l’on ne peut obtenir que de l'étude de la biographie. C’est à la biographie que se ramènent tous les détails de l’annaliste, et beaucoup des spéculations de ceux qui écrivent la philosophie de l’histoire. Pour des périodes de temps très étendues, ou dans certaines conjonctures critiques, l'opération des causes générales peut être suivie avec un haut degré de certitude; mais, dans les détails des événements particuliers, les opinions et les actions d’un