INTRODUCTION. XIX
On conçoit d’abord parfaitement que l’on puisse appliquer, en matière politique et constitutionnelle, le principe de l'identification artificielle des intérêts. Puisqu’on distingue, dans la société, entre des gouvernants et des gouvernés, quelles mesures convient-il de prendre, pour éviter que les gouvernants n’abusent de leur pouvoir et ne poursuivent leur intérêt propre, au lieu de poursuivre, comme le leur prescrit le principe du plus grand bonheur du plus grand nombre, l'intérêt des gouvernés ? Si chaque individu est le meilleur juge de son intérêt, ne faut-il pas confier aux gouvernés, dont les intérêts sont en jeu, la surveillance des gouvernants? imaginer pour cela cette série d’artifices qui sont l’essence même du gouvernement représentatif ? Or le régime représentatif est le régime traditionnel de l’Angleterre; ne serait-il done pas naturel que la doctrine utilitaire s’assimilât, sous cette forme, en Angleterre, les théories libérales? Il se trouve malheureusement qu’au xvi° siècle la doctrine libérale, la théorie whig du gouvernement représentatif se résume dans la théorie du contrat social : toute société à son origine, et plus particulièrement la société anglaise en 1688, a été constituée par un pacte entre les gouvernants et les gouvernés : dès lors, la loi du corps politique, c'est le respect de ce contrat. Or, il y a contradiction entre la philosophie contractuelle et la philosophie utilitaire du droit, et les philosophes de Putilité ont conscience de cette contradiction : assurément, les contrats doivent, en