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L’IDENTITÉ NATURELLE DES INTÉRÊTS

de toutes professions, prospèrent par l'assistance qu'ils reçoivent les uns des autres, et tous de tous ». Du moment que les hommes, à la fois par instinct et par réciprocité d'intérêt, se sont habitués à la vie sociale et civilisée, les principes sociaux sont assez actifs pour suppléer aux formalités gouvernementales absentes. L’homme est si naturellement une créature de la société qu’il est presque impossible de l’en détacher. Toutes les grandes lois sociales sont des lois naturelles, lois d'intérêt mutuel et réciproque : les hommes s’y conforment et leur obéissent, parce que tel est leur intérêt, et non par respect pour les lois que les gouvernements édictent. Bref, la société est capable d’accomplir pour elle-même presque toutes les fonctions qui sont d’habitude attribuées au gouvernement et l'expérience nous enseigne chaque jour à réduire davantage le nombre des fonctions gouvernementales. Voyez ce qui s’est passé en Amérique pendant les premières années de la guerre de l’Indépendance : en l’absence de tout gouvernement régulier, l’identité des intérêts a suffi pour produire la sécurité commune.

Mais alors, comment ne pas apercevoir qu’il y a contradiction formelle entre les deux points de vue auxquels Paine se place tour à tour? La nature confère à l'individu plus de droits naturels que de pouvoir pour les défendre : donc il est nécessaire d’instituer des gouvernements pour préserver artificiellement l’harmonie des droits. La nature donne à l’individu plus de besoins naturels que de pouvoir pour les satisfaire; mais, par

l'échange, les individus trouvent moyen de satisfaire leurs besoins naturels, sans recours à aucune contrainte, sans sacrifice d’aucun intérêt. Nous avons pu voir, dans la première partie des « Droits de l'Homme » une édition de propagande de la « Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen » ; dans la seconde partie, il serait plus exact de voir une brochure éerite en vue de propager les idées fondamentales d'Adam Smith, appliquées maintenant à la solution non plus des problèmes économiques, mais encore et par surcroît des problèmes politiques *. |

La philosophie démocratique rentre donc, avec Paine, dans la tradition de la philosophie de Hume et d'Adam Smith, c’est-à-dire de la philosophie de l’utilité. « Les exemples, écrit Paine, ne manquent pas de circonstances où tout ce que le gouvernement peut utilement ajouter (à la société et à la civilisation) s’est trouvé accompli par le consentement commun de la société sans gouvernement ». Nous avons rencontré déjà, chez Hume, chez Adam Smith, chez Priestley, cette tendance à une séparation des deux concepts. Nous avons vu Thomas Paine en tirer, dès le temps de la révolution d'Amérique, des conséquences révolutionnaires. Il développe maintenant cette thèse avec une énergie nouvelle : loin que l'abolition de tout gouvernement régulier doive aboutir à la dissolution de la société, elle agit, selon Paine, en sens contraire, et resserre le lien social. Car les gouvernements sont militaires par l’origine et par l’esprit de leur institu-

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