‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 57 sur 239 · CRITIQUE DE L’IDÉE DE LOI · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE L’IDÉE DE LOI

prédire les actions humaines futures, à édicter des décisions à leur sujet. Le gouvernement qui fait une loi s’érige en maître de sagesse, si sage qu’il considère n’avoir rien à apprendre de l'avenir, ou bien s'engage, si l’avenir lui apporte des leçons nouvelles, à n’en pas tenir compte. La loi est le lit de Procuste des phénomènes sociaux : au mépris de ce grand principe, qu'il n’y a pas dans l’univers deux atomes indiscernables, elle essaie de réduire les actions humaines, composées de mille éléments fuyants, à un petit nombre de types. Les lois, au même titre que les catéchismes, les credo et les promulgations de dogmes, tendent à immobiliser l'esprit humain dans un état de stagnation : principes de permanence dont l’action contrarie cette perfectibilité incessante qui est la santé de l'esprit #.

Bref, Godwin critique, comme Hume ou comme Paley, la théorie contractuelle de la moralité; mais Hume et Paley, après avoir démontré l’impuissance de la théorie contractuelle à fonder les règles morales et les lois politiques, trouvaient, dans la théorie des règles générales, une sorte de substitut, ou d’équivalent, utilitaire, du contrat originel. Or ce que Godwin déteste précisément dans l’idée du contrat, de la promesse, c’est l’élément de permanence ou de généralité. Pendant que la morale de l'utilité fonde, avec Bentham, une philosophie de la loi et de la règle sociale universelle, elle aboutit, chez Godwin, à cette déclaration très différente, que toute loi est mauvaise, parce que toute loi est une règle générale “.

Mais, l'assemblée nationale étant privée du pouvoir de faire des lois, il lui reste l'exercice du pouvoir exécutif, lequel échappe, semble-t-il, aux objections qui valent contre le pouvoir législatif : car les décisions du pouvoir exécutif s'appliquent à des circonstances particulières données, et ne s’énoncent pas, comme les décisions législatives, sous forme de propositions générales qui engagent l’avenir ##. D'ailleurs, il paraît que le pouvoir exécutif fait partie de l’essence même du gouvernement ; et, si le gouvernement est un mal, n'est-il pas un mal nécessaire ? Dès à présent, existe-t-il des questions de gouvernement plus importantes que les questions de paix et de guerre, ou d'impôt, et le choix de périodes appropriées pour la réunion des assemblées délibérantes 4? N'est-il pas possible de concevoir qu'avec le progrès de la civilisation, le pouvoir exécutif tende à devenir tout, pendant que le pouvoir législatif se réduira à rien? Peut-être, si une difficulté nouvelle ne surgissait.

En effet, pour que les décisions du pouvoir soient exécutées, encore faut-1l qu’une sanction en garantisse l’exécution, et que la non-exécution du eommandement entraine l'infliction d’une peine : or Godwin critique la notion de peine ‘, de même qu'il a critiqué la notion de loi. Comme Paley, comme Bentham (et comme Blackstone lui-même), il refuse de voir dans la peine ‘un talion rationnel. La peine ne doit pas être infligée, «parce que l’on suppose une certaine aptitude, une certaine propriété dans la nature des choses, qui fasse

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