‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 6 sur 239 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Bentham n’a pas créé de toutes pièces les règles de son arithmétique morale : on n’aurait pas de peine à en trouver les éléments jusque chez Hobbes. Il n’a pas été davantage le premier à énoncer le principe de Putilité : l’idée etle motse trouvent chez Hume. Mais, en dernière analyse, il faut remonter à la révolution de 1688, aux temps de Locke et de Newton, si l’on veut comprendre à quelles préoccupations ont obéi les fondateurs de la doctrine de Putilité. Ils veulent fonder la morale, non plus sur les prescriptions arbitraires et fantaisistes du moraliste « dogmatique » ou « sentimental », mais sur l'induction scientifique et sur l’observation des lois de la nature : le principe de Putilité, qu’ils choisissent pour elef de voûte de leur système, est indivisiblement, à leurs yeux, un commandement moral et une loi naturelle. Tous les hommes cherchent le plaisir et fuient la peine ; la recherche du plaisir est à la fois la loi nécessaire et normale de toute action humaine: le plus grand bonheur du plus grand nombre est la fin des hommes considérés comme vivant en collectivité. Mais, si l’on peut obtenir assez aisément que tous les hommes se mettent d’accord sur le but à poursuivre, ils cessent visiblement de s'entendre quant aux moyens à employer en vue d’atteindre cette fin nécessaire : c’est que l’idée du bonheur n’est pas liée, chez tous les individus, avec les mêmes idées, c’est, en d’autres termes, que les associations d’idées varient d’individu à individu. Seulement ces variations individuelles sont soumises elles-mêmes à une loi. Il y a un

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