INSPIRATION UTILITAIRE
d'avec l’idée de droit naturel; c’est ce qui fait la différence de sa doctrine avec les doctrines, confuses encore, de Priestley **, de Mackintosh et de Paine. Assurément, il à été précédé, dans sa critique des notions de contrat originel, d'obligation, de droit naturel, par les premiers théoriciens de la morale de l’utilité, par Hume, Adam Smith et Bentham; mais ceux-là, dupes encore du langage politique courant, ont confondu dans une même réprobation l’idée de démocratie et l’idée de droit naturel. Godwin s'expose donc, de la part des pasteurs, aux mêmes reproches que jadis Hume. « Ce n’est pas, écrit l’un d’eux’{, dans la préface d’un sermon où il dénonce la morale de Godwin, au système de Mr. Godwin seulement, c’est au principe d’où ce système est déduit, et qui peut être défini brièvement {a réduction de la moralité à l'utilité, que j'ai réellement à faire dans les pages qui suivent », principe qu’il déplore de voir adopté à la fois par les défenseurs les plus sincères du christianisme, Law, Brown, et Paley, et par les athées les plus manifestes, à commencer par Hume et Helvétius. Mais Hume, au temps où les presbytériens le persécutaient, était un tory; Godwin est un républicain, ennemi de tous les gouvernements. Son ouvrage fait à la fois des utilitaires et des démocrates. Tel Francis Place, alors simple ouvrier, bientôt maître tailleur, membre actif des associations politiques de l'époque, qui deviendra plus tard un des plus zélés et des plus intimes disciples de Bentham, mais qui, longtemps avant de connaître Bentham, s’est
déjà trouvé converti à une sorte de radicalisme utilitaire par la méditation du livre de Godwin; c’est Godwin, si nous l’en croyons, qui lui apprit à douter « des droits abstraits » %.— On pourrait encore noter bien des traits de ressemblance entre la doctrine de Godwin et la future doctrme utilitaire. Mais ni la critique des affections domestiques et des sentiments irréfléchis, de toutes les tendances morales qui ne sont pas soumises à un calcul exact et impartial de toutes les conséquences . possibles, ni le féminisme, dont la femme de Godwin, Mary Wollstonecraft donne le premier exposé systématique dans sa « Défense des droits de la femme », ne peuvent être considérés comme ayant été plus tard empruntés à Godwin par les utilitaires : il convient de ne pas oublier que Godwin et Bentham ont subi indépendamment l'influence commune d’Helvétius. Le vrai rôle de Godwin, dans histoire de la formation du radicalisme philosophique, c’est d’avoir opéré la fusion de l’idée utilitaire avec de l’idée démocratique.
D'un autre côté, bien des doctrines, propres à Godwin, sont incompatibles avec l’esprit de la philosophie de Bentham. Bentham réclame des lois écrites et codifiées, eb compte que le principe de l'utilité va permettre de fonder une théorie scientifique des lois civiles et pénales. Godwin travaille à hâter la formation d’une société sans gouvernement, sans lois ni civiles ni pénales. Or, la différence des deux systèmes lient non pas à des interprétations différentes du principe de lutilité qui-serait commun à l’un et à l’autre; elle tient à ce