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MALTHUS ET LES LOIS DES PAUVRES

torise la nature du cas, ce serait, en premier lieu, l'abolition totale des lois paroissiales existantes. » A cette mesure radicale, Malthus ajoute, à titre de mesures connexes, des encouragements propres à favoriser l’agriculture aux dépens des manufactures, et le principal encouragement à donner au travail agricole, c’est la suppression de tous les privilèges corporatifs. Sur cette dernière mesure, tous, à la fin du xvue siècle, sont d'accord; mais les raisons différent. Adam Smith dénonce l'esprit de monopole, l’égoïsme des industriels; Malthus, la protection de l’ouvrier industriel au préjudice de l’ouvrier agricole. Enfin, pour les cas d'extrême détresse, des maisons de travail pourront être ouvertes dans chaque comté, des secours être accordés contre un travail fourni : mais ce seront toujours de simples palliatifs, contre un mal qui ne souffre pas de remède. « Si dure que la chose puisse paraître, quand on considère les cas individuels, la pauvreté dépendante doit être tenue pour déshonorante. Un tel stimulant semble être absolument nécessaire pour promouvoir le bonheur de la grande masse de l’humanité; et toute tentative générale pour affaiblir ce stimulant , si bienveillante qu’en soit l'intention apparente, ira toujours contre sa propre fin *. »

Le succès de la première édition du livre de Malthus fut si considérable qu’une seconde édition devint nécessaire. Elle parut en 1803, après que Malthus eut. consacré cinq années à compléter sa théorie par des voyages d'étude, à remanier et à développer la première

édition. L’ « Essai» de 1798 consistait principalement dans une critique des utopies de Godwin et de Malthus : dans l’édition de 1803, cette partie critique est réduite à sa plus simple expression, comme il convient à une époque où la philosophie de Godwin est tombée en discrédit ®, Malthus s’excusait, en 1798, dans la préface‘, de n’avoir pas apporté de suffisantes justifications statistiques à l’appui de son principe : la partie statistique est extrêmement développée dans la seconde édition. Mais surtout la seconde édition apporte une modification à la thèse elle-même. Malthus avait déjà distingué, en 1798, deux obstacles à l'accroissement de la population : l’obstacle positif, celui qui entrave un accroissement de population déjà commencé; et l'obstacle préventif, celui qui consiste en une contrainte morale, qui évite un accroissement de population seulement prévu. De ces deux obstacles, d’ailleurs, selon Malthus, le second, l'obstacle préventif, qui consiste dans la prévision des difficultés qui accompagnent l'éducation d’une famille nombreuse, ne s'exerce que dans les classes supérieures de la société, le premier s'exerce dans les classes inférieures ‘!, Mais une sorte d'association inséparable unit, dans l’esprit de Malthus, l’idée de l'obstacle préventif à l’idée du vice ; et ici encore, pour comprendre Malthus, il faut connaître Condorcet.

Condorcet avait compté sur une diminution raisonnée de l’accroissement de la population pour résoudre, au moment critique, le problème de l'insuffisance des subsistances;- Malthus, selon qui le problème présente

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