‹ La Révolution et le livre de M. QuinetChapitre 10 sur 94 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ne fuir. Alors, dans la crainte de payer trop cher la victoire même qu’il pourrait remporter, se voyant éloigné de ses magasins, voyant une partie de son armée attaquée par la dyssenterie, les forces de Dumouriez s’accroître journellement, il dut préférer le parti très-sage de se retirer. »

A dater de ce moment, l’élan des volontaires fut irrésistible. Ils ignoraient complètement le maniement . des armes, et ils n’avaient pas le temps de s’instruire; d’ailleurs les officiers manquaient. Ce fut là ce qui sauva la France. Les armées ennemies étaient composées de vieilles troupes, corn-

mandées par des généraux expérimentés et d’une tactique incomparablement supérieure. Avec de tels adversaires, attaquer ou se défendre suivant les règles, c’était se faire battre infailliblement. On ne tint au-

cun compte des règles. Nos jeunes soldats, laissant les Prussiens et les Autrichiens évoluer savamment, les déroutaient par des marches trois fois plus rapides et tombaient sur eux à l’improviste, la baïonnette au bout du fusil. Notre jeunesse républicaine se serait brisée contre l’expérience des généraux septuagénaires et flegmatiques de ' Vienne et de Berlin; elle en triompha à force d’audace et de patriotisme.

L’esprit est encore ébloui, au bout de soixante-quatorze ans, par la bouillante intrépidité de ces bataillons qui ne rencontrent plus d’obstacles, parce qu’ils n’en supposent plus de possibles, et qui marquent chaque journée par un nouveau triomphe.

Le 23 septembre, ils occupent Chambéry; le 28, Nice; le 8 octobre, ils délivrent Lille, bloqué par trente-quatre mille hommes;

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