‹ La Révolution et le livre de M. QuinetChapitre 20 sur 94 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l’histoire. Mais, dans aucune histoire, pas même dans celle de Rome, ils n’avaient rien vu qui pût leur donner une idée des secousses ressenties et des dangers courus par la Révolution française. Royer-Collard, lui, les avait vus, ses sentiments en avaient été bouleversés, mais la loyauté du politique et du philosophe surmontant les passions de l'homme de parti, il a justifié, en fait, la doctrine du salut public, plus explicitement que Machiavel, Montesquieu et Rousseau ne l’ont justifiée en théorie.

La dictature révolutionnaire s’établit par la force invincible des choses, au moment où toute lenteur dans l’action et dans la répression eût été une preuve de faiblesse et une cause de ruine. Son premier effet fut de tirer le gouvernement des sept cent cinquante mains où il flottait, et de le faire

passer dans celles du Comité de salut public, où rien ne flotta. 11 fallait ou « descendre au tombeau, » comme dit Royer- Collard, ou avoir raison en même temps de la guerre civile, de la guerre étrangère, de la trahison, de la famine. Un gouvernement ordinaire eût infailliblement succombé, et les coalisés étaient si convaincus de l’impossibilité de toute résistance victorieuse, que le duc de Brunswick, après la revue de l’armée prussienne, passée à Magdebourg la veille de l’invasion, dit à ses officiers : « Messieurs, pas trop d’embarras, pas trop de dépenses : tout ceci ne sera qu’une promenade militaire. »

Les rois, les princes, les royalistes, affectant de regarder la Révolution comme une révolte contre l’ordre social, l’attaquèrent par des moyens qui font horreur. Quand le

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