CHAPITRE IV
vivement les souffrances immédiates que les dédommagements éloignés. Mais, les douleurs que nos pères ont éprouvées, nous ne les ressentons plus, et les biens qu’ils ont à peine entrevus, nous les possédons. Que les maux immédiats aient pu former un préjugé dans l’esprit des contemporains, nous pouvons l’admettre; mais aujourd’hui, quand les biens sont irrévocablement acquis, quand nous pouvons contempler, en même temps que la grandeur de la lutte, l’incessante fécondité des résultats, comment admettre, comment expliquer que ce préjugé duré encore et puisse troubler l’esprit d’un historien?
Un autre tort très-grave de M. Quinet, c’est de ne montrer jamais que le pouvoir dictatorial. 11 ne voit pas, ou du moins il ne laisse point voir, derrière cette puissance
de combat, naturellement placée sur le premier plan, un gouvernement qui fonctionne avec une régularité, une activité, un ensemble qu’om chercherait en vain chez les meilleurs gouvernements, dans les temps les plus calmes. Un étranger qui ne connaîtrait la Révolution que par le livre de M. Quinet devrait croire que la Convention, depuis le mois d’octobre 4792 jusqu’au 1" prairial, a été une arène, où des partis fous-furieux n’ont eu qu’une préoccupation et n’ont fait qu’un seul travail : se provoquer, s’outrager sans cesse et se proscrire tour à tour. Il ne saurait pas que cette Convention si agitée a été, incomparablement, la plus laborieuse, la plus organisatrice de toutes nos Assembléés. Il ignorerait que vingt-deux comités, en permanence, travaillant non-seulement, le jour, mais la nuit.