CHAPITRE PREMIER
ceux qu’elles épargnent, épargner ceux qu’elles frappent, séparer le fait du droit et la justice de ses formes; et, en un mot, chercher leurs motifs et leurs règles dans l’intérêt suprême du salut de l’État, dont alors ils sont uniquement responsables; c’est ce qu’on ne peut nier, après avoir lu l’his- ' toire et assisté à la plus terrible de ses leçons, à, moins qu’on ne prétende d’une manière générale et absolue qu’il est prescrit aux nations de descendre au tombeau plutôt que de s’écarter un seul jour, un seul instant, d’aucun des principes, d’aucune des formes établies dans d’autres temps, et pour un autre but. Les gouvernements ont sans doute abusé de ce droit terrible de négliger les lois quand le salut de l’État le commande ; mais on abuserait aussi contre eux, et avec bien plus de péril, de l’im-
puissance où ils seraient de l’exercer. »
Admirons d’abord ces pensées si fermes et si hautes, exprimées en un si beau style, et voyons si la France, lorsque les chefs de la Révolution s’emparèrent de la dictature, traversait une de ces crises où les gouvernements « doivent chercher leurs motifs et leurs règles dans l’intérêt suprême du salut de l’État, dont ils sont uniquement responsables. »
Ce que nous allons dire, nous l’avons dit plus d’une fois, mais il ne faut pas se lasser de repousser les sophismes -qu’on ne se lasse pas de reproduire, sophismes déplorables qui, depuis soixante ans, égarent les esprits, fournissent des armes à nos ennemis, et, chose impardonnable ! insultent - ceux qui, dans leur incomparable abnégation, ont sciemment sacrifié pour nous,.