CHAPITRE IV
Camille Desmoulins et Robespierre étaient d’accord. Et M. Quinet, se contredisant lui-même, le reconnaît, car il dit formellement : « Robespierre croyait pouvoir se réconcilier avec un état régulier. » — S’il cherchait à rétablir un état régulier, il n’avait donc pas voulu « changer ce qui était un accident en un état permanent, » et faire de la dictature un principe de gouvernement. Et c’était là tellement la conviction des contemporains les plus honorables que — c’est encore M. Quinet qui parle, et cette fois il dit vrai, — « des hommes de grand sens, tels que Cambon, regrettèrent ouvertement la victoire du 9 thermidor. » — Le livre de M. Quinet est plein de ces contradictions, et celle-là n’est pas la plus étonnante.
Nous allons voir, en effet, qu’ après avoir injustement accusé les chefs de la Révolu-
LA H ÉVOLUTION
tion d’avoir voulu établir, comme système de gouvernement, la dictature momentanée qui leur fut imposée par les circonstances, il leur reproche avec une injustice plus grande et plus inconsidérée, de n’avoir pas violemment substitué aux anciennes religions une religion nouvelle, « dragonné »
les esprits et les consciences, c’est-à-dire courbé la France sous une Terreur qui eût été, à la fois, odieuse et impuissante, et pour laquelle l’histoire n’aurait jamais eu , assez de blâme et d’indignation. Mais, auparavant, complétons ce que nous avons dit des résultats de la Révolution, et montrons que ces résultats, quoi qu’en dise M. Quinet, ne sont pas disproportionnés aux sacrifices, et que la Révolution vaut bien ce qu’elle a coûté.