CHAPITRE VI
reconnurent comme également légitimes, et ils firent de l’une l’attribut de l’autre. Sous prétexte que la religion est un bien appartenant à la communauté, ils imaginèrent d’en déférer le pontificat au magistrat civil, en sorte que, tout en reconnaissant deux puissances de nature différente, ils ne voulurent pas qu’elles fussent séparées dans leur exercice. Ils ne reconnurent donc pour les deux qu’un chef et qu’une force coactive. Dans ce système, les deux têtes de l’aigle étaient réunies de nouveau, comme elles le furent dans le paganisme.
Mais l’aigle à deux tètes est un monstre, le produit de notre ignorance, de notre crédulité, et le pouvoir dont ce monstre est l’emblème, en quelque main qu’il se trouve, est un pouvoir exorbitant et illégitime.
L’État est le centre où aboutissent les inté—
rets divers du citoyen, de l’homme civil et politique, mais nullement ceux de l’homme religieux. Sa qualité de protecteur de tous tes ‘cultes lui défend d’entrer en négociation avec aucun d’eux. Son devoir et son droit exigent qu’il se tienne en dehors de toutes les associations religieuses, afin qu’il puisse, de plus haut et plus impartialement, en surveiller la conduite, et, au besoin, exercer le pouvoir défensif dont il est investi contre elles dans l’intérêt de l’ordre social. Les religions n’étant pour lui que l’ensemble de tous les cultes, aucune ne peut obtenir, li raison de ses dogmes, — chose dont l’Ktat n’est pâs juge parce qu’il y est incompétent., — aucune prééminence sur les autres.
C’est pour avoir méconnu ce principe que les législateurs de 89 ont légué à leurs successeurs immédiats de si cruels embarras.