‹ La Révolution et le livre de M. QuinetChapitre 44 sur 94 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L’Assemblée s’exalte; elle abolit les costumes ecclésiastiques et autorise les municipalités à déporter, sur la proposition de vingt citoyens, les prêtres insermentés.

Poursuivis par l’irritation populaire, les prêtres se cachent ; l’Assemblée leur ordonne de sortir, dans la quinzaine, du territoire français , avec interdiction de se rendre dans aucun pays en guerre avec la France.

Les prêtres alors se révoltent ou conspirent ouvertement : mais voici la Convention.

Par les décrets du 21 et 23 avril 93, il est ordonné que tous les ecclésiastiques quelconques, séculiers ou réguliers, qui n’au- Toht pas prêté le serment de maintenir la liberté et l’égalité, conformément aux lois des l/i et il 5 août 92, seront embarqués et transportés sans délai à la Guyane*

LA «ÉVOLUTION

Peine de mort contre ceux qui rentreraient.

L’Assemblée législative avait décrété la vente des palais épiscopaux, trop onéreux à entretenir, la confiscation de l’argenterie consacrée au culte, pour subvenir aux frais de la guerre, et la fonte des cloches pour en faire de la monnaie. Un décret du 7 septembre 92 suprime le casuel des curés, un autre décret du 10 décembre déclare que les prêtres ne sont plus fonctionnaires publics.

Par une mesure décisive et — sauf de très-rares exceptions — mal appréciée par les historiens, l’ère chrétienne est solennellement abolie le 5 octobre 1793. Bientôt, les églises sont fermées dans la plupart des communes, et, conformément au vœu de la commune de Paris, conduite à la barre de l’Assemblée par Chaumette. la Convention

décrète, le 20 brumaire an 11 , que Notre- Dame sera désormais le temple de la Raison. La séance est suspendue, et la Convention, entourée et acclamée par le peuple de la capitale, va prendre possession du temple nouveau, au nom de la philosophie et en chantant la Marseillaise.

Alors commencent des scènes que, pour le moment, nous nous bornons à rappeler.

L’évêque de la Dordogne présente sa femme à la Convention, et l’évêque de l’Ailier, assisté de la sienne, officie en bonnet rouge et une pique à, la main. L’évêque de Paris et son clergé viennent à la barre abjurer leurs croyances; les protestants, imitant les catholiques, déclarent que désormais ils n’auront d’autre culte que celui de la Patrie, d’autre évangile que la constitution républicaine ; et les juifs envoient à la commune

les instruments de leur culte en témoignage de leur renoncement aux superstitions de l’ancienne loi.

Dans cette déprétrisation , et dans les scènes dont elle fut accompagnée , Robespierre, Saint-Just, Camille Desmoulins, et presque tous les Jacobins, ne virent que de compromettantes mascarades, et, généralement, qu’un acte de lâcheté sacerdotale.

C’est alors que Robespierre, dominé par l’idée d’élever le déisme philosophique sur les ruines des anciens cultes, fit décréter par la Convention, le 18 floréal an n, que le peuple français reconnaissait l’Être suprême et l’immortalité de l’âme. Voilà à quelles mesures extraordinaires et à quelle faute finale ont conduit une première faute, un premier oubli des principes.

Nous avons rappelé ce que la Révolution;

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