CHAPITRE VUE
entreprendre... Oui, telle est la guerre (fui va se faire. » — Burke avait dit avant lui :
« Si jamais puissance met le pied en France, elle doit y pénétrer comme dans un pays d’assassins; on n’y aura aucun égard aux procédés que les nations policées ont entre elles, en se faisant la guerre ; la France n’a pas droit de s’y attendre ; toute la guerre y sera réduite à une exécution militaire. » — « ... Eh bien! répondit Fox, qu’on ait donc la franchise de décorer l’attaque contre la France du titre pompeux de cause des rois, alors nous serons fondés «à déclarer que la cause opposée est celle des peuples ! »
La conduite du gouvernement anglais fut bientôt en parfaite harmonie avec ses sentiments et son langage. On a. certainement, exagéré l’influence que les intrigues, les
agents et l’or de l’Angleterre ont eue sur nos discordes intérieures; néanmoins, il est prouvé que cette influence a été grande et désastreuse.
Au commencement de la Révolution, Talon, Sainte-Foy et Laporte avaient organisé une police contre-révolutionnaire, destinée à influencer, à égarer l’opinion en divisant les patriotes. Ils avaient à leur service des
émissaires dans toutes les sociétés populai- «
res, dans tous les clubs ; des journaux distribués presque pour rien et trois mille cent quarante-quatre orateurs qui péroraient dans les guinguettes, dans les cafés, dans les ateliers, dans les sections, dans les groupes, surtout aux Tuileries et au Palais- Royal. L’entretien de celte armée d’espionnage et de provocation coûtait 164,000 francs.
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Le gouvernement anglais reprit ce projet et l’appliqua dans de plus grandes proportions. VVickam, successeur de lord Fitz— Gerald, premier agent de l’Angleterre en Suisse, établit à Bâle un véritable entrepôt d’où partaient pour Paris et les départements, ces légions de clubisles et de motionnâmes dont le langage ignoble et les folies sanguinaires s’expédiaient dans toute l’Europe pour faire croire que la France était un pays de sauvages et de cannibales.
Voilà les misérables qui, chauffés par d’infâmes journaux et soldés par les banquiers dont le conciliabule était à Passy, conçurent et exécutèrent la plupart des crimes portés au compte de la République et des républicains, qui en furent les victimes. C’est là ce qui a fait dire à Erskine : « Le ministère britannique était la Minerve qui couvrait la
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France de son égide; c’est aux causes que je viens de décrire qu'il faut attribuer les confiscations, les meurtres juridiques qui ont souillé le berceau de la République naissante. » C’est encore là ce qui -fit dire au duc de Bedford, dans la séance de la chambre des lords du 27 janvier 4795 :
« Nos efforts ont beaucoup contribué à établir le régime de la terreur en France, et notre ministère a eu une grande paî t aux malheurs qui y sont arrivés. »
Le gouvernement anglais travailla surtout à ruiner le crédit de la France en dépréciant son papier-monnaie. Des fabriques de faux assignats s’établirent ouvertement en Angleterre. Sheridan dénonça le fait dans la séance de la chambre des communes du 48 mars 1793. « Il existe, dit-il, dans ce
pays des moulins employés pour une manu-