‹ La Révolution et le livre de M. QuinetChapitre 78 sur 94 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

on mourait alors, simplement, avec calme et dignité.

Tels furent les Girondins. « C’est, dit M. Quinet, le seul parti qui n’ait pas eu de successeurs. » Pour une bonne raison; c’est que les Girondins furent moins un parti qu’une réunion factice d’hommes sans prin-

cipes communs, Sans but fixe; il yeut, parmi eux,desorateurséloquents,quelqueshommes de mérite etpersonnellementestimables, mais

pas un homme de tête. Vergniaucf, qui les

couvre encore du prestige de son éloquence, n’était leur chef qu’en apparence. Les meneurs l’associèrent à leur ambition, mais ils ne parvinrent jamais à le rendre ambitieux pour lui-même. Il fut entouré, entraîné, mais rien ne put surmonter son insouciance, sa paresse, son amour du plaisir; il sommeillait dans l’intervalle de ses discours, et

madame Rolland répéta souvent qu’on n’en pouvait tirer aucun parti. Il n’y eut jamais, en effet, d’homme plus impropre à jouer le premier rôle dans une grande révolution. Ce rôle, Gensonné, peut-être, aurait pu le remplir, mais il excitait plus d’admiration que de sympathie. La lettre à Louis XYI, où l’on reconnut son habileté, sa vanité et son style, avait tous les caractères de l’infidélité, de la défection et de l’intérêt personnel; elle lui ôta toute sérieuse influence.

Les Girondins, dit M. Quinet, voulurent « décentraliser la France, » et c’est là, sans doute, ce qui explique l’admiration affectée, et peut-être un peu trop bruyante, de ceux qui les défendent aujourd’hui. Il n’y a là, cependant, qu’une erreur et un vieux préjugé. Gomme le pouvoir leur échappait dans Paris, les Girondins voulurent le ressaisir

Page 1