CHAPITRE X
la mémoire des Girondins, c’estle changement quisefit après le 31 mai. Nous pouvons dire, avec la même justice, qu’une chose décisive enfaveurdesJacobins,c’estlechangementqui sefit après le 9 thermidor. En quelques mois de réaction thermidorienne, ia France tomba dans le plus épouvantable état de misère, de désordre et d’abjection. Nous avons fait ailleurs le récit de cette odieuse et méprisable réaction; reprenons-le textuellement, c’est la meilleure réponse que nous puissions faire aux Muscadins et aux Incroyables de notre temps.
« Les sicaires du royalisme, organisés en compagnies, égorgeaient publiquement les républicains, et l’apologie de l’assassinat se faisait impunément dans les journaux du parti et au Conseil des Cinq-Cents. La cocarde tricolore était devenue dans le Midi
et dans l’Ouest, un signal de proscription et de mort; les royalistes opposaient gouvernement à gouvernemènt dans des clubs où l’on n’entrait qu’avec des cartes portant aux quatre angles des fleurs de lis, et au revers une croix de Saint-Louis. On publiait des proclamations annonçant que la royauté allait être rétablie, la France distribuée de nouveau en provincés, la banqueroute générale déclarée « hormis envers les étrangers et les Français fidèles à la bonne cause, » et que les émigrés seraient réintégrés dans leurs biens, titres et privilèges ; que les régicides et les chefs du parti patriotique dans les trois Assemblées, dans les armées de terre et de mer, dans les autorités constituées, seraient condamnés à mort, et que leurs biens seraient confisqués. En attendant, on insultait les soldats de la