‹ La Révolution et le livre de M. QuinetChapitre 86 sur 94 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

République, on assassinait les acquéreurs de biens nationaux, et tous les moyens employés pour réprimer ce brigandage étaient inutiles. La gendarmerie, mal équipée, mal payée, ne faisait pas son devoir. La terreur qu’inspiraient les royalistes était telle qu’on ne trouvait plus ni témoins ni jurés ; les plus grands coupables jouissaient de l’impunité et le peuple, poussé à bout, se faisait justice lui-même. »

« En même temps, ceux qui, pendant quatorze mois, avaient suivi dans la boue le char de la Révolution, se dédommageaient dans la débauche de leur longue lâcheté. La pudeur publique était si effrontément outragée qu’un honnête homme ne pouvait plus entrer ni dans un café, ni dans un théâtre, et qu’une honnête 'femme osait à peine se présenter dans les rues. Les lieux

publics étaient occupés souverainement par les « caillettes, » à moitié nues, qui, après avoir reçu, comme déesses de la liberté et de la maternité, l’encens de Chaumette sur l’autel de la Patrie, représentaient, dans les bals et dans les théâtres, la bonne cause et les bons principes. Elles avaient pour cavaliers ces « Incroyables » qu’on cherche à réhabiliter de nos jours ; ces Muscadins, qui, avec leur habit carré, leurs souliers découverts, leurs cheveux tombant sur la face, leurs visages blêmes et leur dos voûté, se croyaient des prodiges de beauté, d’élégance et de belles manières. Cet accoutrement

s’appelait costume à la victime, et ce cos-

tume allait bien à des gens qui, en trois mois, avaient assassiné plus de deux mille républicains. 11 est vrai que les Muscadins affirmaient sur leur j môle d’honneu qu’ils

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