CHAPITRE X
gement se mettent dans les armées ; nous éprouvons partout des revers. La Révolution s’arrête, recule; la France se débat dans la misère; elle n’a plus en perspective que le 18 brumaire.
On attribue à Cambacérès un mot devenu célèbre, parce qu’il est parfaitement exact.
Parlant du 9 thermidor, Cambacérès aurait dit : « C’est un procès jugé, mais non plaidé. » Il commence à être plaidé, et en ce qui nous concerne, nous le plaidons depuis longtemps ; nous le plaiderons encore, et il finira jpar être jugé, bien autrement
qu’il ne le fut en 94. Nous avons eif l’hon- /
neur, dans notre jeunesse, de connaître quelques-uns de ceux qui avaient survécu aux crises et aux défaites de la Révolution, et qui rentrèrent en France après la Révolution de 1830. Nous les avons tous vus
LA «ÉVOLUTION
s’attrister au souvenir du 9 thermidor et regarder la part qu’ils avaient prise à cette journée comme le remords de leur vie.
Au temps où nous sommes, si nous rappelons les souvenirs d’une époque déjà si loin de nous, ce n’est pas pour réveiller des haines éteintes, des douleurs oubliées. Mais il importe que la génération qui arrive connaisse les maux qu’elle n’a point éprouvés et que les hommes de notre âge ont plus d’une fois ressentis par contre-coup. 11 y a là, pour l’avenir, des leçons qui ne doivent
point être perdues. Il faut habituer la jeunesse à s’élever au-dessus des préjugés et des calomnies; il faut surtout l’habituer à n’avoir peur ni des mots ni des noms propres. Il faut lui montrer ce qu’ont fait et ce que valent les hommes auxquels on prodigue, depuis soixante-douze ans, tous les