‹ La Révolution et les pauvresChapitre 109 sur 192 · LIVRE II. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE IV

et, en l’an 3, les administrateurs de l’hôpital deChâlons énoncent cette triste vérité ; « citoyens^ sans argent on ne fait rien et dans le moment actuel avec beaucoup d'argent on fait peu de choses ».

11 n’y a aucune provision, on vit au jour le jour à : Auxonne (germinal an 2), Saint-Omer (floréal an 2), Douai (floréal an 2, ventôse an 3), Auxerre (germinal an 3). Les administi'és des hospices d’Arras et de Belfort participent aux distributions de pain accordées parla municipalité. Dans cette dernière ville, on fait remarquer (18 vend, an 3. Arch. nat., 255) « que cet aliment est

plutôt nuisible qu’avantageux aux malades ; formé de bled nouveau et mélange de froment, seigle, vesces, orges, pois, parfois des bésillions, sans autres extractions que celle de trente livres de son ; la farine en est cuitte aussitôt que moulue : de là un pain lourd, dont les citoyens en santé peuvent seuls faire usage ».

A Charenton-Républicain, près Paris, André Chaupoulot, économe de l’hospice national, « représente à la Commission des secours publics, qu’il n’a dans ce moment qu’un pain très mauvais fait seulement d’avoine et par conséquent très malsain pour les malades, qu’il est dangereux même de leur en donner et qu’il seroit indispensable de leur procurer du bled ou farine de froment pour pouvoir par ce mélange faire un pain plus convenable... »

Les assignats diminuant de valeur, on se demande partout avec anxiété où s’arrêtera le prix progressif des choses nécessaires à la vie (Brest, Langogne (Lozère), prairial-thermidor an 3). « Les administrateurs de Mende (thermidor an 3) déclarent que les denrées, par l’égoïsme de détempteurs qui ne veulent que du numéraire se trouvent rares et enfermées à moins que d’en donner des sommes exorbitantes en assignats ». A Tulle (messidor an 3), différents fournisseurs refusent de continuer le service, vu les avances considérables qu’ils font sans en obtenir le remboursement. Le 3® jour complémentaire, la détresse augmente, et les membres de l’administration écrivent au Comité des secours : « Cette maison est sans bien et sans ressources • elle a à sa charge environ cent quarante personnes, obligée de

DE LA SITUAÏXOA' FAITE AUX ADMtMSTRÉS

recevoir et les militaires, et les vieillards, et les infirmes, et les enfans et les femmes nourices de tout le département, ses besoins se multiplient à l’infini. Songez que l’hospice doit 71.335 livres qu’aucune provision n’est faite ; que lorsque une fois ces maisons publiques sont obérées^ leur ruine se consomme avec une rapidité prodigieuse^ qu’enfin si vous ne lui faites passer des secours prompts et abondans, toute l’activité et tout le zèle des administrateurs deviendront inutiles, et nous aurons la douleur et là honte de voir dans la saison la plus rigoureuse de l’année, l’enfance et la vieillesse, la faiblesse et la misère présenter les spectacles le plus affligeant pour des cœurs sensibles, et tenir une main suppliante, et solliciter des secours humiliants, trop souvent refusés par l’égoïsme^... » (Arch. nat.. Fl-’', 262).

Dans la Vienne, personne ne veut plus d’assignats; à Poitiers, l’hospice, renfermant 512 individus, manque de subsistances; il n’a du pain que pour quelques jours. Les grains sont hors de pi'ix, et à Murat on constate « que cette augmentation est générale et commune à toutes les parties de la République ». Les administrés des asiles de la région de l’Est souffrent particulièrement de la privation du vin; « depuis plus de 2 mois il n’existe point de vin dans notre hôpital S* Pierre (disent les administrateurs de Chatillon-sur-Seine, 4 vend, an 4. Arch. nat., Pi^, 262) où il s’en consommait au moins un muid par chaque semaine; on ne pourra s’en procurer qu’à grands frais attendu que le prix du vin le plus commun est porté à 2.000 liv. le muid contenant 240 bouteilleslo... »

On écrit de Douai (23 brumaire an 4. Arch. nat., 267) : « depuis longtemps la ration de pain a été diminuée et d’aujourd’hui les distributions de viande sont réduites à une tous les sept jours, ainsi de réduction en réduction les hospitaliers sont ramenés à la misère profonde contre laquelle l’hospice devait leur offrir un azile ». Disette, manque continuel de

9. Tulle, 25 nivôse an 4. « Il règne dans cette administration l’économie la plus sévère, il suffira de dire que la dépense de chaque individu n’excède pas 16 livres par jour ce qui équivaut tout au plus à une demie livre de pain ».

10. A ce moment, dans la Côte-d’Or, 100 liv. assignats valent 5 francs en numéraire.

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