‹ La Révolution et les pauvresChapitre 110 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

substances alimentaires à : Niort (23 brumaire an 4) ; Rouen (nivôse-pluviôse 11) ; Paimbœuf, Romans (pluviôse) ; Saint-Étienne (ventôse); Nuits ( germinal 12); Ghâteauroux (floréal); Dax, Le Mans (prairiaP^) ; Bourges (messidor); Brest, Laon (fructidor an 41 ^).

Les administrateurs de Limoges s’écrient mélancoliquement (10 fructidor an 4) : « ce n’est plus le - temps où les fournisseurs s’empressaient d’offrir leurs denrées. Les réductions énormes

11 . 15 nivôse. « Nous vous avons peint, citoyen Ministre, l’affreuse situation où nous nous trouvions, nous venons de nouveau implorer votre humanité en faveur des victimes entassées dans notre hôpital, hier nous étions sans pain, nous en avons emprunté, aujourd’hui nous avions la cruelle perspective de ne pouvoir dans deux jours foiirnir le bouillon aux malades, à force de suppliques, de prières nous avons seù intéresser quelques âmes sensibles qui ont fourni des ressources, il faut promptement les rendre, il faut satisfaire les fournisseurs, il faut enfin prévoir les besoins qui renaissent à chaque instant, c’est dans cette cruelle perplexité que nous réitérons auprès de vous les demandes que nous vous avons déjà faites de venir promptement au secours de cet établissement dont l'existence ne tient plus qu’à un fil qui se briserait infailliblement, si quatre jours s’écoulaient sans

obtenir de fonds .Vous savés aussi qu'on n’achète qu’au comptant, et comment

le faire lorsqu’on est dépourvu de secours en tout genre ? Nous avions le dessein de,vous dépêcher un commissaire ou au moins un courrier... nous n’avons pas de quoi payer sa dépense... »

Le 2 pluviôse. « ...Nous avons la douleur de n’avoir pù augmenter depuis près d’un an la ration de pain qui n’est que de 4 onces par jour pour chaque individu » (A. N., Fl-’’, 275). A Paimbœuf, 4 onces de pain également.

Ce qui n’empêche pas, à Bourg, le Comité révolutionnaire de célébrer des fêtes païennes. « Dans une de ces fêtes, celte de Vabondance, les figurants, placés sur un char jetaient à la foule des pruneaux, des raisins secs, des figues et autres provisions prises à l’hôpital» (Ebrard, op. cit., p. 48).

12. 5 germinal. A. N., Fi», 262. « Plus de bled, point de sucre, pas de savon, pas d’huile... Le beurre jusqu’en frimaire n’a jamais moins coûté de 25 liv. la livre; le pot de lait d’a peu près deux tiers de pinte de Paris 3 liv ; les œufs 10 liv. la douzaine. La douzaine de balais 36 liv. La journée d’une laveuse 15 liv. » (Valeur des assignats, ventôse an 4, dans la Côte-d’Or: 100 liv. = 10 s., puis 9 s., puis 8 s.)

13. Dax, prairial an 4 (Annexes n° XIV). « Depuis quinze jours ont est obligé d’aller chercher du vin, à pot et à pinte, aux cabaretiers, qui ont bien voulu en avancer... »

14. Laon, prairial an 4 (Annexes n» XVII). «Parmi plus de trois cens individus dont cet hospice est composé, plus de 180 vieillards, accablés sous le poid des années, la plupart étant infirmes, se trouvent réduits au pain et à l’eau et presque sans vêtemens ». « A Annonay [E. Nicot, op. cit., p. 9 et H), 70 personnes à l’hôpital et l’on n’a du blé que pour huit jours. — On doit la viande au boucher la moutte des grains, la cuite du pain. Le boucher veut être payé en numéraire parce qu’on ne lui vend pas de bestiaux en échange de ses assignats... »

DE LA SITUATION FAITE AUX ADMINISTRÉS 197

qui leur ont été faites ont anéanti leur confiance et touts fuyent dès qu’il s’agit d’avoir recours à leur emprunt ».

En l’an 4, la situation peut 'ùtre symbolisée 'par un trait emprunté à une lettre datée d’Ussel, 25 floréal (Annexes n° XII), et adressée par le Président de l’Administration municipale de ce canton au Ministre de l’Intérieur. La Gouvernante, écrit-il, vint m’inviter à me rendre à notre hospice ; « elle ouvrit les battants de toutes les armoires prît à sa main un coin de pain pesant environ huit livres et me dit : Voilà, citoyen, toutes les subsistances pour nourrir vingt quatre personnes... »

Cet état si pénible s’aggrave même encore durant la période directoriale : « Nous sommes dénués de tout ce qui est néces-* saire au soulagement de l’humanité souffrante, sans pain, sans viande, sans hois, sans lumière »; tel est le cri que l’on entend venir des villes les plus éloignées : Mamers (brumaire an 5) ; Bordeaux (frimaire ; Saint-Jean-d’Angely (pluviôse i®) ; Metz (ventôse); Saint-Flour (prairiaP^); Lesneven (Finistère) (frimaire an 6); Marseille (frimaire ^; Le Havre (frimaire an 7); Rennes (pluviôse).

A Mons (17 fructidor an 4. Arch. nat., 264), « malgré l’économie la plus sévère on est forcé de retrancher pour ainsi dire le nécessaire aux enfants ; nous ne leur donnons plus de bierre, disent les administrateurs, et ils n’ont plus qu’une seule portion de viande chaque semaine (celle d’une fondation) de

15. Bordeaux, 10 frimaire an 5 (A. N., Fi-’, 283). «...pénurie absolue de fonds de toutes espèces de choses nécessaires pour le service de Fhôspice, telle que les choses sont au point de ne pouvoir fournir le bouillon de demain aux malades... »

16. SainteJean-d’Angély (Charente-Inférieure), 13 ventôse an 5 (A. N., F'-"’, 280). « ...L’administrateur ne peut voir d’un œil indifférent quatre vingt et quelques individus infirmes, vieillards et enfants lui demander du pain, que le fournisseur lui refuse n’étant pas payé, car depuis plus de 6 mois, cet hospice n’a eu que du pain, le malade a été réduit à réclamer les secours des âmes charitables... »

17. Saint-Flour, 6 prairial an 5 (A. N., F>», 308). « ...Les pauvres manquant de pain on a été obligé d’emprunter des setiers de blé d’un citoyen charitable pour les faire vivre pendant quelques jours... >' On sera obligé de fermer l’hospice si les domaines nationaux ne délivrent pas du blé à titre d’emprunt.

18. « Le spectacle de tant de douleurs était affreux... Le pain donné aux enfans trouvés et aux convalescens était considéré comme un véritable poison ». Fabre, Hist. des hôp. de Marseille, t. II, p. 459.

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sorte qu’ils ne vivent que d’un peu de soupe et de tartinnes bien maigres. »

A Paris, où le directoire fait des efforts inouïs afin de combattre la famine et d’éviter l’émeute toujours menaçante, « les portes de la trésorerie sont fermées aux agens des hospices, des maisons d’arrêt, et des établissemens de bienfaisance quoique les ressources de ces différens établissemens soient au dessous de leurs besoins... Tous les approvisionnemens destinés aux hospices sont consommés ; les fonds manquent pour leur renouvellement et la fourniture du pain, de la viande et du vin, déclare Saint-Martin de l’Ardèche au Conseil des Cinq-Cents va être suspendue si l’administration centrale du département de la Seine n’obtient le paiement des ordonnances expédiées pour l’entretien des hospices; objet d’autant plus sacré que ces maisons renferment plus de 20.000 individus ».

Le mal est d’ailleurs trop profond pour cesser brusquement, et l’écho des plaintes formulées par les administrateurs de nombreux hospices, au sujet dumanque de subsistances, se faitentendre durantPanOetmêmeunepartiedeTanlO. Citons : Ne ver s, Oloron, Brest, Saint-Malo, Dunkerque, Mortagne , Rambouillet, Fontainebleau, Lavaur, Limoux, Gap, Toulon, Anvers, Bruxelles, Figeac, Saintes, Bourges, Moutiers, etc.^o.

§ 5. - SITUÂTIOIS RÉSUaiÉE, DÉ 1789 A l’an 12

Tout ce qui précède donne un premier aperçu de la situation désespérée des maisons ouvertes à la maladie, à l’enfance et à la vieillesse durant cette longue période. Néanmoins, afin de préciser ce point d’histoire, quelques citations sont encore nécessaires.

Remarquons d’ahord que l’encombrement de ces asiles pro-

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