‹ La Révolution et les pauvresChapitre 112 sur 192 · LIVRE 11. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 11. — CHAPITRE IV

facilités offertes et, ainsi que nous le verrons plus tard, abandonnent des vieillards, des enfants qui pourraient être maintenus au sein de la famille. Il en résulte que les établissements hospitaliers sont encombrés ; les malades couchent parfois deux dans le même lit, et les dépenses énormes résultant de ces admissions sans limites dépassent les ressources disponibles.

Dès le 8 juillet 1791 [Moniteur, IX, p. 72), Lecouteulx-Cauteleux expose à la tribune de l’Assemblée nationale la détresse de tous les hôpitaux du Royaume. Le9janvier etle 24 février 1792 [Moniteur, IX, p. 76 et 464), l’Assemblée législative est saisie de cette question brûlante. Dans certaines localités, on envoie les administrés valides mendier sur les routes ou aux portes des maisons particulières : Angers, Marvejols—, Brives, Quimper. Ailleurs, après avoir, à l’origine, accueilli tout le monde, on cherche à améliorer le sort des administrés en refusant de recevoir ceux qui se présentent ensuite et même en renvoyant une partie des individus déjà hospitalisés : hospices de Seine-et-Oise (pluviôse an 4) ; Beaune (frimaire) ; Brest (fructidor) ; Maestricht (vendémiaire an 7); Rennes (messidor); Dunkerque (frimaire an 8); Condom (pluviôse, etc.).

Divers établissements sont forcés de placer les infirmes et les vieillards chez les particuliers : Tulle (germinal an 3) ; Perpignan (germinal an 4). L’administration municipale du canton d’Aix écrit, le 28 prairial an 6, au Ministre (Arch. nat., 430) : « Laisserés vous plus longtems les pauvres de cette commune dans un état d’abandon absolu? souffrirés-vous que le désespoir

22. Marvejols (Lozère), 27 thermidor an 3 (A. N., Fif', 253). « Notre situation est telle qu’après avoir emprunté de toutes parts, et n’ayant plus de ressources nous avons été forcés de mettre à la porte les pauvres ils vont quêter leur pain pendant le jour et reviennent le soir coucher à l’hospice, seulement quelques infirmes qui sont détenus dans leur lit depuis plusieurs années ont été exceptés... » Brives, 6 germinal an 4 (A. N., Fi", 262). «L’administration a pris le parti de faire mendier tous les pauvres à qui leurs infirmités peuvent le permettre et nous sommes contraints de faire séjourner chès les citoiens les militaires que des maladies ou accidents empêchent de continuer leur route...» Le 4 floréal an 4 : « Votre silence nous afflige au point que nous nous voyons forcés, à l’aspec du manquement de tout dans notre hospice, de renvoyer, la larme à l’œil, nos frères infirmes, pour demander de porte en porte un peu de pain et de refuser net l’hospitalité à nos frères d’armes qui passent journellement... »

DE LA SITUATION FAITE AUX ADMINISTRÉS 201

et la mort soient leur unique ressource, ah! citoyen Ministre, jettés un instant vos regards sur des malheureux accablés de maux et d’infirmités... Nous sommes sur le point de faire enlever ces malheureux des maisons de secours pour les distribuer chés les habitants aisés à l’instar des militaires en marche auxquels ils fournissent déjà la nourriture et le logement; vous sentés comme nous, que cette mesure extraordinaire et violente seroit capable d’affliger nos administrés de maladies pestilencielles et terribles, mais quand la nécessité commande qu’elle est la digue qui peut lui être opposée, et il vaudroit encore mieux nous ensevelir tous dans la même tombe avec les pauvres, que de les laisser mourir de rage et de désespoir... »

De petits asiles disparaissent complètement^3 ; la plupart annoncent qu'ils vont être contraints de fermer leur porte et de jeter sur le pavé : malades, vieillards et enfants.

Pour saisir l’étendue de ce désastre, il faut entendre les plaintes qui s’élèvent de tous les départements. Rien ne saurait remplacer l’accent ému de témoins attristés écrivant sous l’impression des malheurs dont ils sont entourés. Nous allons mettre sous les yeux du lecteur quelques textes empruntés aux liasses de nos archives :

Niort, 1®’* frimaire an 4 (Arch. nat., 274). « ...Si l’administration du département ne vient par quelque mesure extraordinaire, au secours de cet hospice, en attendant que le Gouvernemen tpuisse le tirer de presse ; il est au moment de se vuider... et alors 300 individus, malades, vieillards, infirmes, enfants et insensés se verront exposés aux intempéries de la saison, à la misère, et la majeure partie à la mort, faute de secours et de logemens ».

Bruxelles, 28 nivôse an 4 (Arch. nat., 263). Le citoyen Lambrecht, commissaire du directoire exécutif près le département de la Dyle, écrit au Ministre :

« L’hôpital civil de S*- Pierre se trouve aux abois et ne subsiste maintenant que dès avances que les Directeurs font de

23. Landes, prairial an 6 (A. N., Fif', 314). Six petites maisons hospitalières ne sont plus en activité.

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