LIVRE II. — CHAPITRE IV
huit cent individus, vieillards, infirmes, enfans des deux sexes pour aller demander leur pain dans la Aulle ou mourir de faim dans les rues. Qu’en sus quinze cent enfans à nourrice et dont les mois ne sont pas payés depuis quinze mois, vont ajouter à cette détresse, les nourrices les ramenant journellement.
« L’administration, pénétrée de douleurs, tant de ce tableau qui n’est que trop vray, qu’elle a prévu et qu’elle n’a cessé de mettre sous les yeux du gouvernement, que de l’impossibilité où elle se trouve d’adoucir cette situation.
« Arrête, le commissaire du directoire exécutif ouï, qu’expédition des présentes sera adressée au département avec invitation d’en référer sur le champ au Ministre en l’invitant de faire enfin, mais sérieusement, mais promptement, réaliser les ordonnances de payement des fonds accordés depuis si longtems ».
Périgueux, 13 prairial an S (Arcb. nat., 282). « Citoyen Ministre, vous avez accordé une somme de 5.000 liv. valeur métalique pour l’acquit des dépenses arriérées de l’hospice d’humanité la majeure partie de ces fonds ayant été employée en effet à assoupir de nombreuses créances, il a été impossible avec l’excédent qui étoit très peu de chose d’améliorer le sort de cet hospice qui peut être considéré comme un lieu de désolation plutôt qu’un établissement consacré au soulagement de l’humanité... »
Cadillac (Gironde), 6 messidor an o (Arch. nat., F*», 283). « ...Nous venons vers vous, citoyens administrateurs (de la commune) et vous conjurer de venir au secours de l’hospice duquel la conservation doit vous être chère, ses ressources sont épuisées le mal est à son comble, si vous ne vous hâtés de prendre des moyens puissans vous nous verrés obligés d’ouvrir la porte à une vingtaine de furieux, d’abandonnér des enfans qui n’ont point demandé la vie et de laisser périr sur des grabats les malades et les infirmes ».
Tarbes, 27 messidor an 5 (x4rch. nat., F^^, 320). « Les sœurs de Saint-Vincent de Paul, dites sœurs grises, chargées de l’hospice civil, au Ministre de l’Intérieur : ...La mort depuis dix huit mois a entassé victimes sur victimes ; plus de 250 enfans ont péri faute des alimens convenables à la foiblesse de leur âge ; des
DE LA SITUATION FAITE AUX ADMINISTRÉS
militaires ; des pauvres ont également succombé : nous avons eu la douleur de les voir dans les angoisses de la mort, accuser de barbarie ceux qui leur avaient solennellement promis récompenses et secours ; bientôt si cet état de détresse continue , abandonnées des employés, des domestiques, nous seront forcées nous-mêmes d’abandonner cette maison de douleur, ou cent individus nous demandent la vie chaque jour»,
Lyon, 28 brumaire an 6 (Arch. nat., 321). «...Citoyen Ministre, il est certain, il est notoire que les contributions s’acquittent ; que les caisses publiques sont alimentées, qu’elles regorgent d’argent; et avec un crédit de près de 400 mille francs ouverts chez le païeur, accablés de nos dettes, de nos douleurs et des besoins de nos administrés nous ne pouvons toucher un sol. Nos hospices offrent à cet égard le septacle de l’inanition^ au sein de l’abondance. Au nom de l’humanité, au nom de la patrie, au nom de nos malades, de nos enfants, de nos vieillards, qui attendent de vous la vie ou la mort assistez deux hospices qui offrent à l’observateur bienfaisant le touchant spectacle des deux premiers aziles ouverts en Europe à l’indigence délaissée*'' ».
Mont-de-Marsan, 7 brumaire an 6 (Arch. nat., 314). « L’hospice de Mont-de-Marsan est dans la plus grande détresse possible, les administrateurs sont forcés dans ce moment, de faire fermer les portes de l’hospice aux malades et aux infirmes indigens, faute de pouvoir leur procurer des secours nécessaires, pour supporter une vie languissante » .
26. Nous aurions vivement désiré donner des tables exactes de mortalité, tirées des états envoyés trimestriellement par les établissements hospitaliers, mais ces pièces, rédigées d’après un modèle uniforme imposé par le ministère, portent, avec une intention évidente, les chiffres des sorties et des décès confondus ensemble, ce qui rend toute statistique impossible.
27. La Commission administrative aux citoyens consuls, 13 frimaire an 8 (A. N., Pi’’, 435): « ...Nous vous le disons avec douleur, si le Gouvernement ne se hâte de venir au secours des hospices de Lyon, s’il ne se hâte surtout de se libérer envers eux d’une dette légitime et sacrée, celle des enfans de la patrie et des militaires malades, dette dont la masse s’élève à 831.919 fr. 54 c. l’azile de la bienfaisance s’écroule et s’anéantit pour jamais... » Dans le même sens, lettre de l’administration centrale du département du Rhône, 27 pluviôse an 8 (A. N.,