‹ La Révolution et les pauvresChapitre 123 sur 192 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

plus souvent paralysés par la crise effroyable des subsistances qui bouleverse le pays de 1789 à 1795. On connaît les détails de cette crise ; les soulèvements qui en sont le résultat ; la noble conduite du maire d’Étampes ; l’établissement du maximum ; les réquisitions; les visites domiciliaires; les tentatives infructueuses du directoire pour combattre la famine et amener dans la capitale les objets d’alimentation toujours à la veille de faire défaut. Nous ne nous étendrons pas sur ces faits ^ ils sortent du domaine hospitalier. N’est-il point évident que ces distributions de pain à une populace affamée ; ces quarante sols, attribués' au sectionnaires, ne font en aucune façon partie d’un système régulier d’assistance. Il est cependant nécessaire, en dehors des tableaux si saisissants de Taine ou de Schmidt, de donner quelques extraits de la correspondance conservée aux Archives, afin de compléter ces historiens et de bien montrer les calamités auxquelles il faut remédier lors de la réorganisation de l’an 5.

Par suite du départ de la Cour, Versailles est une des villes de France où la misère se fait sentir le plus promptement ; en février 1790, les trois cinquièmes au moins d’une population de 50.000 âmes sont plongés dans une profonde détresse ; des soupes économiques distribuées en abondance ne suffisent pas aux besoins ^4. Le 23 vendémiaire an 3 (pièces annexes n° IV), plus de cinq mille citoyens indigents se trouvent privés de tout secours. Le 16 germinal, « les mères de famille se présentent à la maison commune, les unes fondent en larmes, les autres cherchent à exprimer que leur existence est devenue un fardeau insupportable... » (Laurent-Hanin, op. cit.^ t. IV, p. 55).

Dans les principaux ports ; Brest, Rochefort, Toulon, il est fait une distribution journalière de pain aux ouvriers [Décret^ 2 janviern92; Décrets, p. 16). Deperrét constate (Rapp. au nom des

13. Consulter notamment: baron de Glirardot, Des subsistances de 1787 à 1795 in-8“, 92 p., Paris, 1854 ; — Schmidt, Paris pendant la Révolution, traduit par Paul Viollet, in-8», t. II, Affaires sociales, Paris, 1885; — Taine, La Révolution, t. III, liv. IV, chap. n; — Beaulieu, Essai historique sur les causes et les effets de

la Révolution en France, 6 vol., an XI, t. VI, liv. I", p. 24 à 26 ; Mercier,

Babeau, Dauban, etc.

14. Laurent-Hanin, Histoire municipale de Versailles [1787-1799], 4 vol. in-8® 1887-1889, t. I, passim.

LES SECOURS A DOMICILE

Comités des finances et des secours^ 1792) que le département du Nord compte près de trois cent mille pauvres sur un million d’habitants. « A Bressuire (Deux-Sèvres) sur deux mille âmes que renferme la ville, on peut sans exagérer porter le nombre des mendians à mil ou douze cents et la moitié du reste est réduite à gagner sa vie misérablement à l’aide d’une mauvaise manufacture d’étoffes de laine sur fil absolument tombéè » (Mars 1792. Arch. nat., 233, 2^ liasse).

Les administrateurs de l’hôpital de Saint-Flour (1792. Arch. nat., F^’, 250) se plaignent amèrement de la diminution des aumônes, tout en cherchant à dénigrer ceux qui auparavant se montraient généreux : « autrefois, disent-ils, la caste des privilégiés et des nobles ou par générosité, ou par pitié, ou quelques fois peut être par remords, fesaient quelques sacrifices ; lès dévots et les dévotes pouvaient être comptés pour quelque chose..... Aujourd’huy les prêtres jadis bénéficiers dans les deux riches chapitres de Saint-Flour se croyent tous injustement dépouillés des biens qu’ils possédoient, et la Nation, disent-ils, leur a deffendu l’exercice de la plus belle des vertus, de la charité. Les feus privilégiés et nobles consument leurs richesses pour ratraper leurs privilèges ; les dévots, et les dévotes surtout, s’occupent de leur contingent à fournir pour recouvrer leurs directeurs et tous ne donnent plus rien... »

Dans rIndre-et-Loire, un habitant écrit en juin 1793 : « La misère est partout et les personnes aisées elles-mêmes ne peuvent s’y soustraire. Les denrées les plus nécessaires nous manquent. Riches comme pauvres sont réduits à manger un pain noir et dégoûtant qu’on se dispute à la porte des boulangers et encore est-il quelquefois impossible de s’en procurer assez pour les besoins de la famille... » (Carré de Busserolle, Souvenirs de la Révolution, in-12. Tours, 1864, p. 207-208).

A Lyon, 30.000 ouvriers sont sans travail et sans ressources [Moniteur, XV, p. 353).

Les secours répartis aux classes nécessiteuses de la capitale manquent d’ordre ; « la comptabilité est un chaos qu’il est impos-

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