LIVRE II. — CHAPITRE VI
donnés elles enfants de la Patrie, quitte à être remboursés ensuite, après production de pièces régulières de comptabilité.
Malheureusement le nombre des délaissés augmente sans limite et le trésor épuisé ne rembourse que tardivement et d’une manière tout à fait incomplète ' les dépenses énormes qu’occasionnent ces milliers de petits infortunés. Cette situation dure pendant toute la période révolutionnaire et est la cause directe des maux épouvantables dont la correspondance conservée aux Archives trace l’émouvant et douloureux tableau.
Cet accroissement du nombre des abandons tient à des causes diverses : calamités de la guerre ; massacres et ravages suite fatale des luttes intestines ; famines et disettes dues à la crise des subsistances; cantonnements nombreux de troupes en plusieurs provinces ; encouragements accordés aux filles-mères ; facilités données aux parents pour se débarrasser de leurs enfants au profit de la société. Les contrées voisines des frontières fournissent même un large contingent d’abandons - et les descendants légitimes figurent trop souvent au nombre des pupilles laissés à la charge de la Nation. « Des pères et dés mères, écrit la commission administrative de Douai (26 nivôse an 8. Arch. nat.,
440) que le besoin porte au désespoir, ou dans lesquels l’inconduite a étouffé la nature, feignant d’abandonner une famille qu’ils ne peuvent ou ne veulent plus soutenir, quittent la ville ou seulement s’y cachent pendant quelques jours, des voisins officieux recueillent leurs enfans en pleurs, courent les présenter au juge de paix déclarant que depuis plusieurs jours les parens de ces malheureuses créatures ont disparu. Le juge de paix qui n’a aucun moyen de vérifier si l’abandon qu’on lui dénonce est réel ou simulé, ne peut que pourvoir à ce que les enfans soient nourris et il les envoie à l’hospice ».
1. Montauban, 27 messidor an 5 (A. N., F‘f>, 287). « La charge des enfans a été rejetté sur les hospices à titre d’avance remboursable, mais dont la rentrée est si tardive, si difficile et si lente, qu’elle absorbe et tient toujours en arrière la plus grande partie des fonds des hospices ».
2. Mons, 17 fructidor an 4 (A. N., Fis, 264). « Le nombre des enfants est considérablement accru, tant à cause des calamités de la guerre que par la facilité qu’on a donnée aux mères, non seulement de la ville, mais de tout le département même des départements étrangers, d’introduire leurs enfans en notre hospice ; ils sont au nombre de six cents ».
LES ENFANTS DE LA PATRIE
Trois faits viennent ainsi concourir à aggraver le triste sort de ces abandonnés : 1° augmentation exagérée de leur nombre ; 2° pénurie de plus en plus grande des maisons où on les reçoit ; 3° impuissance de l’État à remplir la tâche qu’il a assumée. En conséquence, nourriture et soins insuffisants à l’asile hospitalier ; non payement des nourrices de la campagne ; comme terme presque fatal : la