‹ La Révolution et les pauvresChapitre 132 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nous promet ; je les sollicite en leur nom, et pour eux, ces bienfaits, en vous annonçant que ceux de ce ressort ne peuvent être plus malheureux. Les deux meneurs ne payent pas les nourrices qui dirigent sans cesse contre ces préposés les plaintes les plus amères... n’ayant presque rien payé ni fourni depuis le papier monnoye ».

La commission des hospices de Condom (Gers), 6 pluviôse an 8, au Ministre (Arch. nat., 440) : « Nous avons tout fait pour assurer la subsistance de ces innocentes victimes ; nous avons employé la plus grande partie des revenus des hospices diminués

des trois quarts par la vente de leurs biens. Malgré tous ces

sacrifices qui ont réduit nos asiles à un dénuement le plus affligeant, il est encore dû aux nourrices des enfans abandonnés le salaire de dix mois de nourriture qu’elles réclament à hauts cris; elles viennent chaque jour assiéger la commission de leurs plaintes, elles lui demendent du pain en l’accablant de reproches les plus amers et en la menaçant <ie rapporter leurs nourrissons pour les livrer aux horreurs de la faim... Plusieurs d’entre elles ont effectué leurs menaces, toutes auraient suivi ce fatal exemple et les hospices seroient déjà devenus le tombeau de cent quatre vingts malheureux si elles n’avaient été retenues par un sentiment de tendresse et par la grande confiance qu’elles ont en l’homme étonnant qui occupe dans ce moment l’attention de toute l’Europe scavante, politique et guerrière : « Bonaparte, disent la plus part d'entr elles, connaît nos besoins, il nous fairapayer... »

Cette naïve confiance doit malheureusement être trompée quelque temps encore ; l’argent manque dans les caisses du Consulat, et en cette circonstance la charité légale donne comme toujours ses fruits pernicieux. Les hôpitaux, hospices, bureaux de bienfaisance acquièrent à cette époque la personnalité civile ; ils se dégagent des subsides gouvernementaux pour vivre de leur existence propre ; la charité s’empresse de seconder les efforts des municipalités; malades, infirmes^ vieillards, indigents retrouvent alors des ressources, des dons, des aumônes. S’agit-il au contraire des pauvres enfants délaissés, le trésor public appâraît seul et cette vision arrête les bonnes volontés ; on ne s’informe pas si ce trésor est vide, s’il ne peut pourvoir aux besoins

LES ENFAKTS DE LA PATRIE

l’État se. charge des enfants trouvés, cela suffit, l’initiative privée s’en désintéresse et, pour voir leur condition s’améliorer, il faut attendre des jours meilleurs : l’an 12, l’an 13, même au delà 3.

Nous allons puiser, selon notre usage, dans les dossiers de la série des documents irrécusables permettant de se rendre compte de cette longue crise pendant laquelle des milliers d’innocentes créatures périssent sous les yeux des administrateurs terrifiés, mais impuissants à conjurer un pareil désastre.

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