CHAPITRE VI
Département des Landes, 28 prairial an 6 (Arch. nat., F'^, 314). Délibération de l’administration centrale : « 11 est dû pour mois de nourrices 100.314 fr. 52 c. dette effrayante qui discrédite les hospices, décourage les administrateurs, expose à mort certaine les orphelins qu’on est obligé en quelques lieux (à Mont-de-Marsan) d’élever avec des chèvres... »
Metz, 2 thermidor an 7 (Arch. nat., 434). Délibération de l’administration des hospices : « Il est impossible de payer les nourrices même celles des enfans à la mamelle... il va en résulter les mêmes malheurs qu’en l’an 5. Cette conséquence terrible commence à se vérifier d’une façon affligeante pour l’humanité puisque dans les cinq jours précédents faute de nourrice et malgré les soins, les peines et les secours artificiels qu’on employé pour suppléer au lait maternel, il est mort à l’hospice Saint Nicolas six enfants nouveaux-nés sur quatorze qui s’y trouvoient, et que les huit restans subiront vraisemblablement le même sort avant qu^il soit peu ^ .
Tulle, 26 thermidor an 7 (Arch. nat., F^^, 337). Administration centrale : « Il s’est écoulé un an sans que les gardiennes des orphelins ayent rien reçu; si elles ont tardé jusqu’à ce moment à remettre ces enfants dans les hospices, c’est que nous leur avons fait espérer de quinzaine en quinzaine quelles recevraient ce qui leur était dû, ou du moins un à compte. Voyant que nos promesses ne se réahsaient pas, elles accourent en foule aux divers hospices de ce département, déposer de malheureuses victimes, faute de moyens pour les garder plus longtems. Quelle ressource reste-t-il à ces hospices dénués de tout ! Le foible secours de quelques chèvres qu’ils se sont procurés pour allaiter les enfants,
5. Metz, 26 pluviôse an 8 (A. N., Fis, 376). Administration centrale: « Nous croyons inutile de rappeler ici combien a été et est encore malheureuse l’influence que le retard des divers payements a eu sur le sort des êtres infortunés qui ont été présentés à l’hospice depuis cinq à six ans. Quoiqu’il en existe encore plus de douze cents à sa charge, on ne peut pas dire le nombre de ceux qui sont morts dans leur bas âge, faute de pouvoir leur administrer les secours propices à leur faiblesse et à leurs besoins, les nourrices refusant de se charger de ceux qui survenoient et rapportant même en foule, ceux qu’elles avoient reçus dans l’espérance du foible bénéfice qu’elles pouvoient en retirer. Les mêmes inconvénients continuent d’avoir lieu au détriment de l’espèce humaine ».
LES ENFANTS DE LA PATRIE 23S
mais ce secours est si médiocre que nous avons la douleur d’en voir journellement périr quelqu’un... »
Aurillac, 24 nivôse an 8 (Arch. nat., 372). Commission administrative : «...Nous dirons avec la fermeté qu’inspire la déplorable position des malheureux confiés à nos soins, que le gouvernement, par une insouciance inexcusable, a causé la mort d’un nombre prodigieux de ces êtres infortunés qui repoussés en naissant du sein de leurs mères, n’ont d’asile que dans la pitié nationale ; nous dirons que ce titre imposant, qui leur a été donné d’enfans de la patrie n’a été pour eux, depuis près de deux ans, qu’un vain mot et que ces intéressantes créatures, victimes à la fois de la barbarie de leurs parents, et de l’insensibilité de la patrie leur mère adoptive, n’ont trouvé qu’une mort anticipée dans le lieu consacré à la conservation de leurs jours, nous dirons enfin, citoyen Ministre, que vos bureaux sont encombrés de nos réclamations et que par le dénuement absolu où nous sommes laissés, chaque jour voit périr les enfans que l’on expose, que les nourrices, faute de payement nous rendent ces enfans, ou refusent de s’en charger, et que nous n’avons pour soutenir momentanément leur faible existance, que la ressource artifficielle de leur faire succer une éponge imbibée de lait de chèvre ou de vache. Ce détail affligeant déchire votre cœur, citoyen Ministre, nous les terminons pour ménager votre sensibilité » (Le Ministre envoie 2.000 fr.).
Charleville, ventôse an 8 (Arch. nat., 441). « ...Si les nourrices (non payées) nous rapportent les dits enfans comme elles en ont continuellement l’intention, nous ne sçavons où les loger faute de local pour ces enfans dans le dit hospice, ni de quoi les coucher et nourrir... »
Marseille, 17 nivôse an 8 [Lettre Gazzino,àéik citée). « ...Une génération entière s’engloutit dans l’hospice des enfans de la patrie où chaque nourrice allète jusques à quatre infortunés qui périssent bientôt après leur entrée. Vous n’aprendrés pas sans frémir que sur cinq cens cinquante enfans naturels déposés à l’hospice d’humanité en l’an 7 il en est mort cinq cens quarante trois... ))
Département du Pas-de-Calais, 3 pluviôse an 8 (Arch. nat.,