‹ La Révolution et les pauvresChapitre 138 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

légitimes sans doute mais dont la répétition entrainerait des suittes infiniment dangereuses. Que le seul moyen de parer à ces inconvéniens est d’augmenter le traitement alloué ; que s’il faut être œconome des fonds de la République en évitant leur dilapidation il échêt d’être juste envers les particuliers qui se sont chargé de ces enfans et que leur entretien est une dette des plus sacrées... Considérant qu’il est de l’essence de la justice de dédommager les nourriciers des sacrifices journaliers qu’ils ont faits pour l’entretien de leurs nourrissons l’espoir de la patrie. Considérant que la baisse énorme du papier national a réduit à nullité totale la somme de 36 liv. originairement allouée pour cet objet. Arrête que le traitement des mois de nourrice et d’entretien des enfans delà patrie et orphelins sera porté à la somme de 120 liv. assignats par mois® ». On voit qu’à la fin de l’an 4, malgré les augmentations accordées, les nourrices touchent des sommes pour ainsi dire nulles. A partir de l’an 5, elles cessent même de recevoir cette obole, car l’État apporte des retards énormes aux remboursements, et les hospices à bout de ressources ne peuvent faire aucune avance. De plus, ainsi que nous l’avons constaté en parlant des maisons hospitalières, les mandats une fois parvenus à destination ne représentent presque plus rien. Le 21 ventôse an 4, l’administration municipale d’Auxerre s’exprime en ces termes dans la lettre qui vient d’être citée : « Il était dû à l’hospice 148.726 liv. 13 s. 8 d. pour le semestre des mois de nourrice depuis le 1®"^ messidor an 3 jusqu’au 30 frimaire an 4. Cette somme a été payée le 14 ventôse par le payeur général... savoir 13S.900 liv. en trois rescriptions faisant ensemble 4S0 liv. à raison de 302 capitaux pour un; et les 12.826 liv. 13 s. 8 d. res-

9. L’administration centrale compte aussi sur la loi du 28 ventôse an 4 qui ordonne l’échange contre du billon, au dixième de leur valeur, des assignats de 50 sols et au-dessous.

Quant aux mandats, voici la progression décroissante qu’ils suivent :

Haut-Rhin, pour cent livres mandats, germinal an 4, 1" décade... 38 liv.

d"" floréal d” 23 »

prairial messidor thermidor fructidor 1” pluviôse a

LES ENFANTS DE LA PATRIE

tant, ne valant pas 50 liv. en numéraire, ont été payés par appoint en assignats. Il est de la dernière évidence que cette somme de 450 liv. et l’appoint ne faisant pas 50 liv. ne peut équivaloir à la dépense faite par la maison pour les six mois de nourrice et pour l’entretien de 200 enfants, la somme de 500 liv. ne ferait que cinquante sols à chacune des nourrices pour les six mois. Tandis que la maison a dépensé par mois 4 liv. 10 s. ou la valeur de cette somme pour chacune des nourrices, total 900 liv. par mois, et pour 6 mois 5.400 liv., non compris pareille somme pour l’entretien'de ces enfants ».

Cet exemple pris au hasard peut être généralisé.

Montauban, 25 thermidor an 5 (Arch. nat., 316). Les administrateurs : « ...Il n’y a pas de quoy payer le mois courant aux nourrices des enfans trouvés, dont chaque jour augmente le nombre. Ce dernier trait, citoyen Ministre, nous dispense de rien ajouter, car vous comprenés que rien n’est plus sacré que le lait que la charité donne aux enfans... »

La Flèche, 8 brumaire an 6 (Arch. nat., F'^, 361). Les administrateurs municipaux : ■« ...Ainsi d’une part, les pauvres .'malades secourus imparfaitement jusqu’à ce jour faute de moyens suffisans, sont à la veille de voir ces secours leur manquer entièrement. D’autre part, des nourrices maigres et décharnées que la compassion a excité à prendre soin des orphelins qui leur ont été confiés; ces femmes malheureuses à qui on fait attendre depuis plus d'un an, un salaire gagné au prix de leur sang, menacent d’abandonner les enfans auxquels elles ne peuvent plus fournir de subsistance... »

Mons, 8 frimaire an 5 (Arch. nat., F*^, 264). L’administration centrale du département de Jemmapes : « La commission nommée par la municipalité de Mons pour les hospices de cette commune, nous poursuit avec un acharnement égal aux besoins des enfans de la patrie, pour, lui procurer les moyens de les empêcher de périr de faim... Elle nous menace de voir les nourrices abandonner ceux confiés à leurs soins, et les suites d’un pareil évènement nous épouvantent. Quatre cens enfans périroient nécessairement, et leur mort appelleroit sur nous la vengeance de la Patrie, mais en serions nous coupables, citoyen Ministre?

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