‹ La Révolution et les pauvresChapitre 140 sur 192 · HAP1TRE VI · texte numérisé non relu

HAP1TRE VI

fait esp'rer à celles-ci qu’enfin la patrie s’acquitterait envers elles, et leur donnerait le léger salaire de leurs peines, ou, disons mieux, les rembourserait d’une partie de leurs avances. Depuis quatre années elles attendent en vain; leur impatience est à son comble, elles menacent chaque jour d’abandonner leurs élèves; déjà plusieurs l’ont fait et les enfans se trouvent sans pain et sans azile...»

Muret, 3 pluviôse an 8 (Arch. nat., 440). La commission administrative : « Cette classe d’infortunés (les enfants abandonnés) est depuis un an sans aucun secours du Gouvernement et nous sommes sans moyens pour les faire sustanter, toutes nos ressources sont épuisées. C’est avec la larme à l’œil, citoyen Ministre, que nous sommes forcés de vous annoncer que ces malheureuses victimes sont au moment d’être abandonnées par leurs nourrices, et de périr de faim si votre bonté paternelle ne leur accorde le plus prompt soulagement ».

Soissons, 28 germinal an 8 (Arch. nat., 371). La commission administrative : « Nous vous prions, citoyen Ministre, de prendre en considération les besoins des pères nourriciers des enfants de la patrie, la dette s’accroît énormément, et depuis plus de six mois il ne leur a été donné aucun secours, le dernier qu’ils ont reçu avant cette époque désigné, ne excédait pas trois francs par tête d’enfant. Lorsqu’il est de ces hommes pour la plus part dans le besoin à qui il est dû jusqu’à quatre et cinq cents francs, on ramène les enfants faute de payement et ils languissent privés de leurs nourices, l’humanité fait des pertes malgrés les soins qu’on prend à supléer le sein des nourices... »

A citer dans le même ordre d’idées : Angers (14 floréal an 8) ; Évreux (frimaire an 9); Avranches (12 pluviôse an 9); Saumur (1S thermidor an 9); Breteuil (Eure) (19 nivôse an 10); Sarlat (pluviôse an 10); et nous terminerons par les justes remarques des membres de la commission administrative de l’hospice de Sedan (20 thermidor an 9. Arch. nat., F^^, 383) : « L’arriéré de ce qui est dû par le Gouvernement à notre hospice pour le ser-

11. A Reims, nivôse an 8, il est dû 28 mois de salaire au.x nourrrices {A. N., P'-"'? 440) ; à Saintes, trois années (A. N., F>'‘, 438).

LES E^FA^TS DE LA PATRIE

vice des enfans abandonnés se porte à 29.381 fr. 46 c. L’arrêté des consuls du IS brumaire an 9 et la loi du 4 ventôse dernier affectent des rentes nationales au paiement de l’arriéré ; et le courant depuis le vendémiaire doit être acquitté en numéraire. Cependant nous ne recevons ni rentes^ ni numéraire. Dépouillé de tous ses biens en vertu de la loi du 25 messidor an 2, frustré de toute indemnité, l’hospice est plongé dans la plus cruelle détresse; il est encombré d’une foule de malheureux qui manquent de tout ; l’octroi nouvellement établi ne suffisant pas même à la fourniture journalière du pain ».

2° La détresse des nourrices. — Leurs plaintes.

Colmar, 18 floréal an 4 (Arch. nat., 268). L’administration centrale du département : « Tous les jours, nous sommes déchirés parle tableau affligeant de la pauvreté et de l’indigence, contre laquelle luttent les nourriciers de ces petits malheureux... »

Niort, l®*" ventôse an 5 (Arch. nat., F*^, 303). La commission administrative : « Les nourrices des enfants abandonnés se présentant tous les jours avec leurs enfants, veulent les remettre à l’hospice où ils périroient infailliblement n’y ayant pas de nourrisses à leur donner. Elles vont également au département, et nous suivent dans les rues en criant misère... »

Saint-Gaudens, 1®‘’ jour complémentaire an 5 (Arch. nat., F'a, 283). La commis.sion administrative : « Lassées des vaines promesses du Gouvernement, les nourrices ont levé le masque. Elles ont notifié qu’elles alloient aporter ces enfans dans l’hospice, si elles n’étoient point payées de suite, la commission ne peut plus les calmer... Ces enfans, ces êtres infortunés tendent leurs bras innocents pour implorer de vous, citoyen Ministre, la protection qu ils ont droit d’en attendre auprès du Gouvernement..; »

Domfront, 22 fructidor an 6 (Arch. nat., Fiâ, 351). La commission administrative : « Nous nous sommes empressés de jetter les 4.774 fr. 68 c. que nous avons touchés au devant du

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