CHAPITRE VI
dernier désespoir de toutes les nourices de notre arrondissement qui leur fait rapporter en foule les orphelins qu elles soutiennent depuis deux ans aux dépens de leur propre et affamée substance. Ces tristes et malheureuses victimes, revomies du sein de la misère dans le gouffre plus affreux encore de la détresse de l’intérieur de l’hospice y trouvent enfin sous peu de jours le sacrilège remède à tous leurs malheurs... la mort... »
Chaumont, 16 vendémiaire an 7 (Arch. nat., 434). « Les nourrices auxquels il est dû plus de cent francs jettent les hauts cris et nous ramènerons décidément les enfants pour peu que le gouvernement retarde encore de nous donner un à compte, nous sommes excédés de leurs importunités et menaces... »
Rennes, 1®"^ prairial an 7 (Arch. nat., 340). L’administration du département : « L’hospice des orphelins à Rennes, a maintenant en nourrice 340 enfants tant en ville qu’en campagne. L’économe auroit besoin d’environ 1.000 fr. par décade pour les payer, il doit 2.272 fr. et il n’a pas un franc... Les malheureuses femmes qui réclament le prix de leur propre substance, il les renvoyé vers l’administration municipale qui n’a aucun moyen, celle-ci les renvoyé vers nous. Nous les voyons en foule se porter vei’S nos bureaux et le lieu de nos séances, en menaçant de nous rapporter ces petits orphelins. Où pourrions nous les placer; cette position est affreuse; elle consterne les bons citoyens, elle semble accuser notre humanité; elle nous expose aux murmures les plus naturels de la part des réclamantes ; elle ravit au Gouvernement et à ses organes la confiance nécessaire pour faire respecter et chérir les institutions républicaines ; un pareil état de choses ne peut subsister sans compromettre l’intérêt public...„
Crest (Drôme), 1®'“ nivôse an 8 (Arch. nat., F^^ 431). La commission administrative : « Les 36 enfans de la Patrie qui sont à la charge de l’hospice touchent au moment d’être délaissés et de périr faute de subsistance par ce que sur le refus que les agens de l’intérieur sont forcés de faire à cause de leur impuis-
12. Le Ministre (7 prairial) annonce l’envoi de délégations sur les acquéreurs de biens nationaux, qui n’ont pas encore payé entièrement le prix de leurs achats.
LES ENFANTS DE LA PATRIE
sance d’acquitter les mois de nourrice de ces enfans, les femmes chargées de leur nourissage et entretien, réduites au désespoir vont assaillir chaque jour les maisons de la plus part des membres de la commission pour réclamer leurs salaires arriérés et les menacer, à deffaut de payement, de leur aporter en masse ces enfans qu’elles nourrissent ».
Châtelleraut, 1®*' nivôse an 8 (Arch. nat., 440). La commission administrative : « Le temps est malheureusement venus que ces enfants sont abandonnés de leurs nourisces qui se trouvent dans cette saison si rigoureuse sans bois, sans pain et leurs maris sans ouvrage... Que deviendront ces infortunés orphelins dans notre hospice? ceux d’un âge un peu avancé s’y sauveroient encore si nous avions du pain à leurs donner, mais ceux dans le bas-âge ; leur perspective est bien afïligante, la mort oui la mort les moissonneras malgré nos soins si l’on ne s’empresse de nous procurer des secours ».
Eure-et-Loir, pluviôse an 8 (Arch. nat., 439). L’administration du département : « Nous croyons, citoyen Ministre, devoir vous représenter l’urgence de secourir sans perte de tems, ces hospices de Chartres et de Nogent le Rotrou, dont les commissions sont chaque jour menacées par les nourrices qui réclament à grand cris les salaires qui leur sont dus R nous parait d’autant plus urgent de satisfaire à leurs justes réclamations que le plus grand nombre de ces nourrices, réduites au désespoir habite les communes dépendantes des cantons de Nogent le Rotrou, Champrond, Senonche et la Loupe qui sont infestés de brigands et qui sans doute ne négligent rien pour pervertir l’esprit public de ces cantons. Cette seule considération nous parait de nature, citoyen Ministre, à mériter toute votre sollicitude... »
Béziers, 9 pluviôse an 8 (Arch. nat., F^®, 433). La commission administrative : « Depuis plus de dix huit mois, la commission n a cessé de demander des secours aux ministres qui vous ont précédé pour le service des enfans de la patrie placés chès des
13. « Les vêtemens des enfans de la patrie tombent par lambeaux, n’ayant pas reçu de vestiaii-es depuis deux ans »,