‹ La Révolution et les pauvresChapitre 142 sur 192 · Livre h. — chapitre vi · texte numérisé non relu

Livre h. — chapitre vi

nourrices, l’un a dit qu’il avoit ordonnancé des fonds, l’autre a annoncé qu’il avoit chargé la trésorerie nationale de faire payer 10.522 fr. 40 c... Tout s’est réduit en belles promesses et rien n’a été payé. Les membres de la commission fondant quelque espoir sur ces annonces ont fait attendre les nourrices pour le salaire qui leur est dû; elles s’impatientent depuis longtems, il est à craindre qu’elles ne réalisent les menaces qu’elles ont déjà fait, c’est à dire qu’elles ne rendent à l’hospice les enfans dont elles sont chargés».

Deux-Sèvres, 27 ventôse an 8 (Arch. nat., 441). Les administrateurs du département : « Encore une fois nous venons réitérer les demandes multipliées que nous vous avons faites en faveur des nourrices des enfans de la patrie déposés dans les hospices et des filles mères qui se trouvent dans l’étendue de notre département... Leurs besoins sont grands et leurs réclamations bien fondés et pressantes, surtout dans un moment où les denrées de première nécessité sont à un prix au dessus de leurs facultés. Depuis longtemps ces femmes précieuses nous menacent d’abandonner à leur malheureux sort les nourissons dont elles se sont chargées... »

Bastia, 22 nivôse an 9 (Arch. nat., 384). Le Pi'éfet du département de Golo : « Il serait trop douloureux, citoyen Ministre, de vous exposer la triste situation de ces malheureux enfants. Laissant tous les services à part, je leur ai fait payer deux mois, faible ressource qui a donné quelque espoir aux nourrices pour les animer à continuer leurs soins ». .

La Fère, 9 nivôse an 9 (Arch. nat., F^^, 383). La commission administrative : « Des larmes amères inondent nos foyers,

chaque jour des nourrices éplorées nous donnent le triste spectacle de la plus grande misère et de la plus vive douleur. L’impossibilité où nous met le Gouvernement de venir à leur secours déchireroit les cœurs les plus durs, chaque jour on nous rapporte des enfants abandonnés, d’autres fois on en trouve couchés dans

14; « Jugés de Tembari'as où va se trouver la commission... le lait des animaux n’est point propre dans cette contrée méridionale pour la nourriture des enfans, et l’expérience, faitte à diverses époques, à démontré que sur cent enfans nourris avec ce lait il en a péry au delà des trois quarts ».

LES ENFANTS DE LA PATRIE

leurs langes déchirés sur le seuil de la porte, elle est encombrée ; quel parti devons nous prendre dans l’impossibilité où nous sommes de trouver des nourrices et de les recevoir à l’hospice... »

Givrai (Vienne), 24 vendémiaire an 10’(Arch. nat., F15, 427). Le Préfet : « Les nourrices n’ont pas touché d’a compte depuis le 9 pluviôse dernier. Aüssi leurs plaintes sont elles continuelles ... Les enfans qui leur sont confiés manquent de lait, la médiocre récolte de l’an 9 dans tous les genres de production rend encore leur état plus misérable, par la peine qu’ont leurs nourrices à leur procurer le plus strict nécessaire, encore s’en trouvent-ils parmi elles qui ne peuvent l’obtenir de leur travail et qui sont obligées de la solliciter de la charité compatissante de leurs concitoyens. Je ri’emplifie point le tableau \ il est d'une exacte vérité ».

Villeneuve, 4 brumaire an 10 (Arch. nat., 410). Le Préfet de Lot-et-Garonne : « ...Les nourrices ne cessent de me tourmenter elles viennent de quatre lieux pour réclamer ce qui leur est dû, et si je ne reçois -bientôt des fonds, pour cet objet, je crains beaucoup qu’elles n’exécutent les menaces qu’elles font d’abandonner les enfans ».

Nous ne pouvons mieux terminer ce long paragraphe qu’en reproduisant la pétition des nourrices de la Corrèze, au Ministre de l’Intérieur, pluviôse an 8 (Arch. nat., F^â, 440) ; « Les citoyennes Noël Bullières et Jeanne Plaisance fesant tant pour elles que pour leurs compagnes d’infortune, nourices des orphelins de la patrie à la charge de l’hospice de Tulle, dénuées de toute ressource et sans autre espoir que de se voir périr de misère ainsi que les nouriçons à leur charge si le Gouvernement ne vient sur le champ à leur secours en leur faisant payer dix huits mois de nourice qui leurs sont dus ou du moins un à compte un peu fort pour les mettre en même de solder les denrées qui leurs ont été avancées à titre de prêt ; cette ressource est aujourd’hui perdue pour elles parce qu’ayant été trompées

15. Voir aussi: ReUiel, 9 vendémiaire an 8 (A. N., F*-’’, 430); Carpentras, frimaire an 8 (A. N., F'''*, 435) ; Amiens, 3 fructidor an 9 (A. N., F'"», 391) ; Noyon, messidor an 9 (A. N„ F'-, 409); et les pièces annexes n- XX-XXXII-XLI-XLIV,

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