‹ La Révolution et les pauvresChapitre 144 sur 192 · Voir pièces annexes n-XIX-XXlII, XXVI-XLH · texte numérisé non relu

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LES ENFANTS DE LA PATRIE

infortunés enfants orphelins de la Patrie. Vainement, depuis trois ans, les tableaux affreux de la situation des pauvres nourrices de ces victimes du libertinage et dü malheur, ont été présentés; la misère, la mort, la dépopulation ont été les funestes résultats des demandes les plus justes et les plus légitimes ».

Port-la-Vallée (Maine-et-Loire), 12 nivôse an 8 (Arch. nat., pus, 440). L’administration municipale : « Les nourices des enfants naturels de la Patrie sont extrêmement malheureuses dans notre canton faute de payement des mois de leurs nourrissons. Pour ne pas les laisser T^éxiv, presque toutes sont obligées de mandier, afin de procurer à ces êtres intéressants la nourriture qu’exigent la faiblesse de la nature encore tendre... Il est certain que si cet état d’abandon, dans lequel on laisse aujourd’hui les nourrices subsiste plus longtems, il est plus que vraisemblable que ces enfants abandonnés de tout secours, d’ailleurs si chers à la patrie et à l’humanité, vont tomber dans le dépérissement et mourront de misère ».

Pourquoi poursuivre cette enquête ? Les mêmes plaintes s’élèvent de tous les départements, partout on constate la situation déplorable faite aux enfants de la Patrie. Mais de ces pages ne se dégage-t-il pas une vérité qu’il est bon de faire ressortir? Au milieu de ces récits multiples émanant de contemporains, d’acteurs mêlés à ce drame dont la vie de tant de frêles créatures est l’enjeu, on voit ces paysannes, ces nourrices privées de salaire durant de longs mois, ou recevant des sommes dérisoires, sans ressources personnelles, sans pain quelquefois, trouver le plus souvent dans leur cœur la force de conserver les petits êtres qui leur sont confiés.

Elles réclament leur dû avec violence; assiègent les administrations publiques ; se déclarent prêtes à délaisser ces nourrissons sans mère; puis, au moment de réaliser la menace, elles jettent un regard sur le pauvre délaissé, nourri de leur lait, et alors, reprenant la route de la chaumière, chargées du précieux fardeau, on les voit préférer accroître la misère du logis plutôt que de se résoudre à un abandon aussi cruel.

Ces dévouements-obscurs, ces sacrifices ignorés se sont accom-

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