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DÉTRESSE PROFONDE DES INDIGENTS A DOUAI EN NIVOSE AN

(Archives Nationales, F*®, 267).

LIBERTÉ - ÉGALITÉ

Les Maire et Officiers municipaux de la commune de Douaÿ, département du Nord. A la Convention nationale.

Représentans,

La plus affreuse misère dévore une classe de nos concitoyens ; cette classe malheureuse est particulièrement composée de vieillards et d’infirmes à qui la nature a refusée, depuis longtems, les moyens physiques de se procurer la subsistance. Peignez vous ces infortunés, languissant dans des chambres ou dans des caves, sans feu, au milieu des rigueurs extrêmes du froid, sans aucun aliment propre à les soutenir au sein des infirmités que la nature et la vieillesse ont accumulées sur eux, sans aucun combustible capable de réchauffer leurs corps réfroidis par l’âge et par les rigueurs de la saison, sans aucun moyen pécuniaire pour se procurer les choses les plus nécessaires au soutien de leur misérable existence ; et ne trouvant dans leurs magistrats que des vœux impuissants pour leur soulagement, sans aucun moyen de l’opérer, vous aurez une juste idée de la désolation extrême qui régné parmi cette classe de citoyens ; elle est pourtant bien respectable, Représentans, cette classe malheureuse ! une multitude innombrable de vos décrets, leur promet protection et secours; partout vous manifestez le désir sincère de voir les vieillards et les infirmes devenir l’objet particulier de la bienfaisance nationale ; ils ont dites-vous un droit spécial à vos soins paternels; vous avez établi des agences de secours, dont le but était de soulager spécialement ceux qui ne peuvent trouver dans leurs moyens physiques des ressources pour s’alimenter et se soutenir ; mais oserons-nous le dire ces loix bienfaisantes restent sans exécution. Nous formons des rôles de véritables indigents, de vieillards et d’infirmes; nous établissons des agences de secours conformément à vos loix et quand ces agences sont établies, quand elles sont composées d’êtres bienfaisants, dont le plaisir est de

compatir aux maux de leurs concitoyens ; les membres qui les composent sont réduits à se demander, mais quels sont les fonds que nous avons à distribuer ; où sont lés secours que Von nous met à portée de donner ? tout nous est promis et rien n'arrive.

Au nom de l’humanité, Représentans, faites vous une idée de la douleur amère que nous éprouvons, lorsque ces malheureux vieillards et infirmes incapables de sortir de leurs chambres ou de leurs caves, nous envoÿent des voisins compatissants nous demander du secours en leur nom. Où donc le prendre ce secours, si vous nous ne l’envoÿez pas? nous versons des lai’mes de sang à la vûe de tant de malheur. Notre sommeil est interrompu par l’idée affreuse de tant d’infortunées victimes d’une foule de maux incalculables, et qui comme des fantômes se représentent à notre esprit, le troublent et l’agitent continuellement.

Représentans, venez donc au secours de l’humanité souffrante, c’est en son nom que nous vous en conjurons, c’est en son nom que nous implorons votre pitié, s’il est permis d’implorer ce qui est de justice. Nous attendons de vous le versement le plus prompt de fonds suffisants, pour apporter quelque allègement aux peines et aux souffrances de nos malheureux vieillards et infirmes.

Salut et respect. [Suivent les signatures.)

Renvoyé à la Commission de secours publics le 21 nivôse an 3“® de la Rép. une et indivisible. Signé ; Daunou.

PÉNURIE DE LA MAISON DE MÉZIÈRES EN L’AN 3 (Archives nationales, 261).

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