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LIBERTE, EGALITE, HUMANITE, JUSTICE

Mezieres le 6 floréal 3* année républicaine.

Ripotot, directeur Provisoire de la maison de Bienfaisance deMezières, aux citoyens administrateurs du district de Charleville.

Expose que l’hospice de bienfaisance de Mezieres a été fondé par les citoyens fortunés de cette commune, que leur amour pour les pauvres joint à leur fortune, leur ont inspiré la formation de ce bel établisse- L. Lallemand. — La Révolution et les Pauvres. 18

ment pour le soulagement des vieillards, des infirmes, des orphelins de tout âge et de tout sexe, que cet hospice secourait non seulement les orphelins de père et demère en bas âge, mais encore ceux d’entr’eux qui ayant atteint l’âge d’apprendre une profession, et ceux qui nés de parens indigens étaient nourris pendant la durée de leur apprentissage, ce qui les mettaient à même de gagner leur vie, par ce moyen on formait des sujets utiles à l’état et à la société. Il y a plus il distribuait encore aux peres et meres chargés d’une nombreuse famille la quantité de deux cent livres de pain environ par semaine, les veuves âgées ne pouvant avec leur petite industrie se procurer qu’avec peine le surplus du pain, je veux dire les douceurs, recevaient aussi tant de livres de pain par semaine de maniéré que cette maison était réellement la maison de bienfaisance et j’ose assurer que dans la commune de Mezieres il n’y avait pas de mendiants.

Quels étaient les revenus de cette maison?

Je prouve facilement quelle recevait annuellement 2.184 quartels 1/2 de froment, 76 quartels d’orge, 83 quartels et demi d’avoine, 50 liv. de beurre : 10 liv. de chanvre, 100 bottes de paille, 4 quartels de pois et 9.545 liv. 19 s. 4 d. en numéraire la preuve en est sur le registre du de l’enregistrement à Mezieres.

Avec ces ressources, je le repette, il n’y avait pas de malheureux dans la commune de Mezieres, le père âgé et peu fortuné terminant sa carrière, quittait le monde avec le doux espoir que ses enfants retrouveraient un père après l’avoir perdu par la mort. La veuve, affligée de la perte de son mari, avait la douce consolation qu’elle et ses enfants trouvaient, dans cet asyle de l’infortune et du malheur, des mains charitables qui pourvoyaient à ses besoins et séchaient ses larmes, enfin cet hospice ne faisait que des heureux.

Apres avoir fait legerement la peinture de l’heureux état de cet hospice, je vais faire en raccourci le tableau affligeant de son état actuel, et d’abord, qui aurait pu croire et penser que cet hospice fondé par les habitants de Mezieres, les biens qu’il possédait lui fussent enlevés semblablement à tant d’autres hospices qui ont été fondé d’une manière différente, je veux dire par le gouvernement ancien ou par quelque cidevant prince ou seigneur qui, par ostation, ou par quelque motif d’orgueuil ou de vanité voulant par eterniser leur mémoire et laisser à la postérité des traits de leurs bienfaits, en faisant des legs pieux en lits pour les malades, ou en dés rentes pour elever les enfans des parens pauvres ; comment pouvait on considérer ces hos pices comme les fondations dont je viens de parler. Ahl s’il y en a qui

PIÈCES JÜSïmCAïlVES VI

doivent exister tels qu’ils étaient, c’est sans contredît celui de Mezières.

En continuant ce tableau, ont sait parfaitement que les malades des hôpitaux militaires, lorsqu’ils sont au quart ou à la demié et même à là portion, ont un pain tout different que celui de munition. He! bien dans cet hospice, le convalescent, le vieillard, l’infirme, l’enfant, celles qui par état pour soigner les malades jours et nuits et jusqu’au filles a gages qui passent les nuits alternativement pour secourir l’humanité souffrante, le plus faible comme le plus fort, tous mangent le même pain, et quelle espece de pain? du pain composé d’un peu de froment de seigle et d’orge et de sarrazin ; combien en ont ils par jour? une demie livre, à combien revient la livre de pain? à six livres sans y comprendre le bois pour la cuisson ni la maniputation, puisque c’est la boulangère habituée de la maison qui fait le pain. Pourquoi n’at-on pas mis cet hospice sur le pied des hospices militaires? Puisque l’on s’est emparé de ses biens. Je l’ignore, mais jen ignore pas que les hôpitaux militaires ne manquent de rien, tandis que celui-ci manque de pain, ou bien il en a peu et il n’est pas bon.

La municipalité de Mezieres se trouvant dans l’impossibilité d’en procurer à l’avenir à cet hospice, je vous observe, citoyens, que du moment de la notification, le hasard a voulu que je trouvasse à acheter 66 liv. de farine de froment et 98 liv. de farine de sarrazin montant à la so® de 900 liv. qu’ensuite j’ai acheté trente neuf quartels, tant en tremois sarrazin; seigle et lentilles mêlés pour la so® de 1935 liv. Je vous observe encore que le même jour, j’ai acheté dix cartels de pommes de terre à vingt livres l’un montant à la so® de 200 liv. en conséquence je vous préviens que mes fonds sont totalement épuisés, et que telle occasion qui se présente actuellement pour la subsistance de cette maison je ne puis rien acheter n’ayant plus de fonds. Je vous prévient encore que je n’ai pas une demie corde de bois et qu’il en faut. Je dois la viande journalière depuis le 1®^ floréal et celle qui va se consommer jusqu’à votre réponse; voila l’état ou je me trouve réduit et cela parce que la commission des secours n’a pas répondu aux pétitions que je vous ai adressées et par lesquelles je fais voir que tout est hors de prix et on ne peut douter qu’il faut des fonds considérables enfin je finis en vous répétant qu’il me faut des fonds, et que sans fonds je n’y puis plus tenir. Puisque la commission n’en envoyé pas, ordonnez qu’il me soit versés de telle caisse que vous jugerez à propos car sans cela le service ne peut plus se faire. Salut et fraternité.

Signé : Ripotot.

La municipalité de Mezieres qui a reçu en communication la présente pétition et qui a pris connaissance des besoins urgents de la maison de bienfaisance de cette commune, considérant que la pénurie des subsistances, dans laquelle se trouve la commune réduit la municipalité dans l’impossibilité absolue de venir au secours de cet hospice, en manière quelconque.

L’administration du district de Charleville est justement invitée au nom de l’humanité, à faire droit à laditte pétition.

Fait à Mezieres ce sept floréal 3® année républicaine.

{Suivent les signatures.)

’Fu et ouï le procureur sindic,

Le directoire du district de Charleville, considérant que le silence absolu de la commission des secours sur les différentes sollicitations que l’administration a faite auprès d’elle pour obtenir les fonds nécessaires aux dépens de l’hospice civil de Mezieres a mis le directeur de cet hospice dans un épuisement absolu de fonds; considérant que les secours provisoires qu’il a précédemment reçus sont insuffisants pour satisfaire aux dépenses journalières de cette maison qui deviennent considérables et pour ainsi dire inapréciables à cause de l’excessive augmentation dans le prix des denrées de première nécessité ; considérant enfin qu’il y a urgence et que cette maison de bienfaisance dont les dépens sont à la charge du trésor va manquer des objets de première nécessité si l’on ne vient sur le champ à son secours. Arrête que le receveur de la régie au 3=^“ de Charleville délivrera par forme de secours provisoire au c®“ Ripotot directeur de l’hospice civil de Mézières, une somme de douze mille livres pour par ce dernier être employée aux dépenses de cette maison; arrête en outre qu’il en sera référé au comité des secours publics auquel copie du présent arrêté sera adressé avec invitation de prendre les mesures nécessaires pour que les dépenses de cette maison soient définitivement assurée.

En directoire à Charleville le 7 floréal 3® année Republiquaine.

{Suivent les signatures.)

Le soussigné, reconnois avoir reçu du s® Ryembault la so® de douze mille livres énoncée au mandat ci-dessus. A Charleville le 7 floréal 3® année de la Republique française une et indivisible.

Signé : Ripotot.

L’HOSPICE DE TARBES EN THERMIDOR AN 3 (Archives nationales, 254).

■ Tarbes, le 26 Thermidor an 3 de la République françoise une et indivisible.

Le Procureur Général-Sindic du Departement des hautes Pyrénées en remplacement: au Comité de Salut Public.

Citoyens Réprésentants,

L’hospice civil de cette commune et tous ceux de ce departement font depuis bien longtemps nos sollicitudes ; ces aziles de l’humanité souffrante manquent de tout depuis que les revenus, affectés a leur entretien, ne sont plus à la disposition de ceux qui etoient préposés pour les administrés ; depuis longtemps les nourrices ne reçoivent plus le prix de la nourriture et de l’entretien qu’elles fournissent aux infortunés dont elles sont chargés. Toutes les caisses publiques se ferment hermétiquement lorsqu’on réclame des fonds pour secourir ces etablissemehts qui ne sont alimentés que par des emprunts qui deviennent aujourd’hui impraticables par l’inexactitude du remboursement. Les revenus de ces hospices ont été versés dans les caisses nationales, les biens en sont vendus a peu de chose près. Les produits payés en grande partie, et les charges qui vont en croissant, subsistent toujours.

C’est infructueusement que l’administration a représenté dans nombre des circonstances à la Commission de secours publics la triste position des hospices de ce departement et la résolution des nourrices d’abandonner les enfants dont elles sont chargées; elle n’a pas daigné nous donner quelque espérance qui put nous permettre de tranquiliser ceux qui ont généreusement ouvert leurs bourses pour tempérer les besoins journaliers des malades.

Je vous conjure, citoyens Répresentants, au nom de l’humanité, au nom de Injustice, au nom des malheureux accablés par les infirmités et par les revers de la fortune ; faites verser dans les caisses publiques de ce departement les fonds necessaires à l’entretion des hospices qui y sont établis, ou authorisez l’administration â prendre sur le produit des revenus et des ventes qui sont déjà faites les sommes suffisantes,:

à l’entretien des malades, au payement des nourrices et aux autres besoins journaliers.

Le tableau de situation de l’hospice de Tarbe et l’arrêté que l’administration a pris le 16 Thermidor que je joins à ma lettre vous mettront à même de juger si les secours que l’administration sollicite sont urgents.

Salut et fraternité.

J. J. Decamps fils.

RÉCLAMATIONS DU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE DE BRIVE (CORRÈZE) FRUCTIDOR AN 3 (Archives nationales, F'®, 262).

DÉPARTEMENT

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