‹ La Révolution et les pauvresChapitre 148 sur 192 · DE BRIVE · texte numérisé non relu

DE BRIVE

Le Conseil général de la commune de Brive aux Représentans du Peuple composant le Comité de Salut Public,

Citoyens représentans,

Existe-t-il dans la République, une commission des secours ? telle nest la question un peu singulière, que la conduite de cette commission envers l’Administration de l’hôpital de nôtre commune, nous force à vous faire. Peut-on en effet être chargé de fonctions publiques aussi touchantes, avoir dans ses mains l’intérêt des malheureux souffrans, dès militaires blessés, des vieillards infirmes, desenfans abandonnés, et rester indifférent et inactif aux tableaux déchirans de la détresse, du malheur, de la misère aggravés chaque jour par l’affreuse perspective de se voir tout à coup sans azile, sans pain, privé de tout secours, et livré à la pitié publique et ces idées ne sont-elles pas vraiment déséspéranles, quand on a des droits, quand on est certain, que la détresse ou l’on se trouve ne provient que de la négligence, ou de l’incurie d’àdministrateurs indifférens et inhabiles, ou de commis sans exactitude.

L’hôpital de Brive autrefois riche, pourvus plusieurs années d’avance des provisions nécessaires à un semblable établissement, se trouve dans ce moment sans bled, sans bois, sans linge, sans vin, en un mot dépourvu de tout et n’ayant pas un sol pour faire face aux nombreuses dépenses qu’entrainent 80 malades ou infirmes, 15 ou 20 soldats : car Brive situé sur la route de Paris à Toulouse peut être considéré durant la guerre comme hôpital militaire.

Citoyens, nous venons de vous'exposer la triste situation de l’hôpital de Brive, et nous n’avons pas exagéré ; plusieurs fois les administrateurs rebutés, découragés ont eu l’idée d’abandonner leur poste ; mais l’humanité, l’honneur, la pitié les ont retenus ; ils ont fait plus, deux fois ils ont emprunté sur leur cautionnement, des sommes considérables ; et dans ce moment même, l’hôpital n’est alimenté que par les caisses de quelques sociétés de bons citoyens qui ont prêté les uns une certaine quantité de bled, les autres une somme de 12 mille livres ou plus.

Citoyens, la République jouit des biens de l’hôpital elle doit remplacer le revenu de ses domaines par des fonds tirés du trésor public ; ceux destinés à cet usage, sont à la disposition de la commission des secours. L’administration de l’hôpital s’est mise en règle pour obtenir ce qu’elle a droit de prétendre ; elle a envoyé l’état de ses dépenses pour le trimestre de germinal ; l’état de ses recettes, l’état des pauvres, trois états des journées des militaires malades, la loi n’ordonne point d’autres formalités. Si ces états ne sont pas en règle, la commission doit en donner avis ; s’ils sont exacts elle ne doit point faire attendre les fonds.

Les secours envers les malheureux sont une dette sacrée de la République qui doit être acquittée avec sensibilité et avec empressement.

Nous présumons. Citoyens, que vos idées et vos sentimens sur cet objet, sont les nôtres et que vous voudrez bien stimuler fortement lés commissaires des secours, et leur ordonner de remplir leur devoir avec plus d’exactitude.

Salut et fraternité.

[Suivent les signatures.)

Renvoyé par le Comité de Salut public au Comité des secours le 6 fructidor an 3®.

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