‹ La Révolution et les pauvresChapitre 159 sur 192 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

PATRIE Villefranche le 22 vendémiaire an 5®,

L’Administration municipalle du canton de Villefranche à l'Administration centralle du departement de la Dordogne.

Hier une nourrice dun orphelin de la Patrie s’est présentée dans la salle de l’administration, a dit voila un enfant que je ne peux plus nourrir, il y a plus de trois mois que je n’ai rien reçu de la République, et sans pain moi meme il mest impossible de le nourrir davantage, après avoir dit cella elle à disparue.

L’administration sest vue et est encore dans le plus grand embarras. On na plus retrouvé la nourrice et cet enfant nud (car malgré votre « arrêté on na jamais pu faire payer aux nourrices les layettes ni « vetures) est dans ce moment cy successivement allaités par quelque femme quemeut un sentiment de pitié. Les autres nourrices du canton nous menacent de nous faire la même remise, que voulés vous que nous fassions, il n’y a que des femmes pauvres qui allaitent ces enfants d’autrui, il leur est du tout le trimestre de messidor, les nourrices manquent de payement, il est inutille de penser a en trouver d’autres. Cependant la patrie a adopté ses enfants, ils méritent toutes les sollicitudes du Gouvernement et nous sommes persuadés qu’ils attireront toute la votre. Veuillés vous en occuper tout de suitte, et nous mettre en meme de tenir les engagements sacrés qu’a pris la République. Et d’arracher à la mort ces êtres faibles et intéressants.

Salut et fraternité.

[Suivent les signatures.)

LES NOURRICES NON PAYÉES NE VEULENT PLUS GARDER LES ENFANTS DE LA PATRIÈ, DÉPARTEMENT DE LA MOSELLE, FRIMAIRE AN 5.

(Archives nationales, F^“, 266).

Du 2 frimaire an 5 de la République Française une et indivisible.

Les Commissaires des hospices civils de la commune de Metz établis en vertu de la loi du 16 vendémiaire an 5, au Ministre de l'Intérieur.

Citoyen Ministre,

Rien n’est plus allarmant que la réponse des commissaires de la trésorerie dattée de Paris du 22 brumaire an 5, aux membres composants l’administration centrale du département de la Mozelle, et dont copie du 28 du même mois nous a été transmise le 1®*' frimaire par l’intermediaire de l’administration municipale de la commune de Metz, nous y voyons que le motif du retard du payement des 38.500 liv. en numéraire, que vous avez annoncé à cette administration centrale par votre lettre du 1®*' jour complémentaire, est que, quelques recherches ces comissaires aÿent pu faire dans vos états,, ils nont pü trouver l’objet de notre réclamation, qu’ils vous ont en conséquence donné communication de la lettre que l’administration centrale leur avait adressée, pour faire enfin cesser ce retard si fatal.

Citoyen Ministre, nous ne pouvons tenir contre les devoirs sacrés que nous venons de contracter, et si malheureusement ce retard se prolonge jusqu’à la confection d’un nouvel état, qui demande au moins 15 jours, il nest aucun espoir de faire prêter patience à aucune nourrice jusqu’après ce nouveau travail ; le parti est pris ent’relles ; quelque rigoureuse soit la saison ; elles vont se mettre en marche avec cette tendre jeunesse périssant d’inanition, et de defifaut de vetement, pour venir la déposer nayant que le souffle, à la porte d’un hôpital, qui n’a aucun moyen pour la recueillir, et léchapper de la mort; ce triste spectacle, que présentera ce malheureux instant depuis près dun mois, ne cesse de faire trembler toutes les administrations, qui gémissent sur le retard de pouvoir effectuer les promesses si souvent

vainement réitérées avec les plus véhémentes exhortations a la patience, charité et humanité.

Soyez donc, Citoyen Ministre, et nous vous en conjurons, le véritable pere de l’enfaiice abandonnée, venez à son secours, toute expirante elle vous tend les bras et vous la conserverez encore, si sans plus de délais, vous daignez faire verser les fonds que vous lui avez accordés dans la caisse de l’hopilal général Nicolas, et nous vous promettons qu’après l’obtention de ces fonds, si malheureusement l’étât dont sagit ne se retrouve point, de vous en envoyer un second par duplicata.

Salut et respect.

{Suivent les sign?iinres,)

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