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DÉTRESSE DES HOSPICES DE BOURGES (CHER), PRAIRIAL AN

(Archives nationales, F^^,309).

Bourges, le 28 prairial, l’an 6 de la République française, une et indivisible.

Les Administrateurs du département du Cher au citoyen Ministre de rintérieur.

Citoyen Ministre,

Nous nous voyons forcé d’appeller votre immédiate attention sur la pénurie de nos hospices dépourvus de tout moyen de les approvisionner, nous sommes à la veille de les voir manquer du plus absolu nécessaire et de ne plus enten^dre de toutes parts que les cris du besoin et du désespoir. Il n’est pas de position plus pénible pour des administrateurs sensibles à la situation du malheur, que d’avoir la triste certitude que ces hospices n’auront pas même de pain, et de ne trouver ni dans la loi ni dans les localités aucune ressource prochaine pour venir au secours de tant d’infortunés.

Déjà pour obéir à la première impulsion de la nécessité et de la commisération, l’administration centrale avoit invité le payeur général le 29 floréal d®'" à précompter une somme de 1.200 liv. à la Commission des hospices pour servir à une acquisition urgente de grains. Vous fûtes informé dans le tems de cette mesure, et nous n’avons cessé d’attendre depuis avec son approbation, des secours éfflcaces pour, l’avenir, qui pussent nous dispenser de recourir a de semblables démarches.

Cet approvisionnement provisoire à bientôt été épuisé, et la Com-'

mission des hospices vient de nous prévenir que si nous ne lui faisons pas avancer sur le champ une nouvelle somme de 3.000 liv. non seulement l’hospice général composé de 280 personnes mais encore l’hospice civil et militaire qui en contient environ 80 doivent être nécessairement évacués.

Vous sentez, Citoyen Ministre, dans quelle dure alternative a dû se trouver l’administration centrale : placée d’une part entre la crainte d’éxcéder ses pouvoirs en faisant sans autorisation expresse des invitations réitérées au payeur général d’avancer des fonds à la Commission des hospices, et pressentant de l’autre tous les malheurs qui arriveraient infailliblement, si on venoit à lui remettre les clefs de ces établissemens, elle s’est déterminée encore une fois à écrire au payeur général d’avancer les trois mille livres mentionnée, mais elle a cru indispensable en même tems de vous en donner avis.

Nous nous flattons. Citoyen Ministre, que nous recevrons très incessament de votre part une approbation authentique de notre conduite dans les circonstances difficiles qui l’ont motivée. Nous espérons en même tems que le Gouvernement pourvoira d’une manière éffîcace à ce que nous ne nous trouvions plus dans le même embarras ; que s’il étoit jugé convenable de nous interdire pour l’avenir des mesures pareilles à celles que nous avons prises ; si les mêmes circonstances se représentaient encore, veuillez bien alors nous indiquer une marche claire et précise qui puisse concilier nos devoirs les plus rigoureux avec l’ordre public et l’humanité.

Les hospices de^ce chef lieu dont nous venons de vous entretenir ne sont pas les seuls établissemens qui soient dans une pénurie inquiétante. Les dépôts de mendicité et ceux ou sont renfermés les malheureux atteints de fureur et de folie dont la dépense s’élève par mois à la somme de 2.200 fr. sont également à la veille de manquer de pain. Le Gouvernement ne sçaurait voir avec indifférence des êtres si dangereux rejettés dans la société, et tout sollicite de votre part de promptes mesures pour pourvoir à leur subsistance^ et prévenir les exces inévitables et les tableaux affligeans que nous aurions sous les yeux.

Salut, respect et fraternité.

[Suivent les signatures.)

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