MONTLUÇON
Extrait du registre des délibérations de la Commission de l’hospice civil et militaire du canton de Mont-luçon, du 3 vendémiaire an 7 de la rep^ /® une et indivisible.
La Commission assemblée extraordinairement, un membre a observé que la pénurie dans laquelle se trouve l’hospice ne permet plus de garder le silence auprès du gouvernement, que depuis longtemps on a exposé la triste situation soit à l’administration municipale de cette commune, soit à l’administration centrale du departement sans avoir reçu aucun secours. Que le revenu de cet hospice consistoit en contrats de rente constituée lorsque la loi fut rendue portant que les biens des hospices appartiendroient à la nation on fut forcé de remettre au receveur des domaines nationaux les titres et contrats qu’il en fut remboursé à la nation pour une somme de quarante deux mille quatorze francs vingt-cinq centimes.
Il etoit egalement du à cet hospice deux contrats de rente par l’hotel de ville de Paris produisant un revenu à cause de la réduction qui en avoit été faite de cinq cent vingt francs lesquels contrats furent aussi déposés au cidevant district.
De manière qu’à l’époque ou la loi a remis les biens aux hospices la nation n’a pas remis à celui de Montlucon, deux mille sept cent vingt francs de rente dont elle a reçu le remboursement ainsi que les deux titres sur l’hotel de ville de Paris ; que si depuis cette époque l’hospice a existé ce n’est que par la grande économie qu’on y a portée, des charités faites par des personnes vertueuses, mais que dans ce moment il est hors d’état de subsister manquant de tout.
Qu’il y a environ quinze mois ayant fait connoitre au Ministre de l’Intérieur les besoins de cet hospice il lui accorda un mandement de deux mille francs pour etre payé par le payeur général de ce departement, que par une fatalité qu’il n’est pas possible de connoitre, le payeur général n’a voulu jamais l’acquitter sous pretexte qu’il n’avoit point été ordonnancé par la trésorerie, que ce meme mandement a été remis au Ministre de l’Intérieur afin de la faire ordonnancer par la trésorerie, toutes ces démarches ont été infructueuses.
Qu’il est une classe de citoyens qui méritent aussi toute notre sollicitude, ce sont les enfants abandonnés qui sont réellement abandonnés les nourrices et autres citoyens qui se chargent de nourrir ces enfants tiennent à la classe la plus indigente, hé bien voila quinze mois qu’ils n’ont pas été payes ; qu’il n’est plus possible de trouver de nourrices pour soigner ces malheureux enfants, qu’il y en a dans ce moment à l’hospice six ne pouvant les placer, qu’on est obligé de les allaiter avec un biberon pour les faire subsister, que plusieurs de ces enfants sont morts, qu’on ne peut l’attribuer malgré les grands soins qu’au defaut de nourrices.
Que plusieurs des nourrices qui en sont chargées ont déjà rapporté plusieurs à l’hospice sous pretexte qu’elles ne sont pas payées, que nous aurons la douleur de leur voir éprouver le meme sort qu’a ceux qui sont morts, et qu’il est à craindre que les autres nourrices ne suivent ce funeste exemple.
La Commission pénétrée de ces justes observations, considérant que c’est avec la plus vive douleur qu’elle se voit forcée de refuser l’entrée de cet hospice a un grand nombre de malheureux indigents et infirmes attendu que l’hospice manque de tout meme des choses de première nécessité et qu’elle sera obligée de faire évacuer les malades qui y sont actuellement si dans un bref délai le gouvernement ne vient point a son secours en lui payant ce qu’il lui doit.
Considérant que l’hospice n’avoit pour tous biens fonds que sa maison quelques vignes et un petit pré, que son revenu consistoit en contrats de rente, qu’à l’époque de la loi qui accordoit les biens des
hospices à la nation, le receveur national a reçu pour quarante deux mille quatorze francs vingt cinq centimes de remboursement, qu’il etoit également du à l’hospice deux contrats de rente par l’hôtel de ville de Paris produisant cinq cent vingt francs de revenu, que ces contrats ont été remis au ci devant district, ce qui fait que la nation doit à cet hospice deux mille sept cent vingt francs de revenu.
Considérant qu’ayant fait connoitre au Ministre de l’Intérieur il y a envii’on quinze mois, les besoins de cet hospice, il accorda un mandement de deux mille francs sur le payeur général de ce département, que notre receveur s’est présenté pour en demander l’acquittement, le payeur général s’y est toujours refusé sous pretexte qu’il n’avoit reçu aucun ordre de la trésorerie, que cette réponse est contraire à l’intention du Ministre.
Considérant que les enfants abandonnés sont dans la plus affreuse misère qu’il ne nous est plus possible de trouver des nourrices, qu’on est obligé de les garder a l’hospice et de les faire allaiter par le secours du biberon, que plusieurs sont morts et qu’on ne peut l’attribuer malgré les grands soins qu’au défaut de nourrices, que plusieurs nourrices en ont déjà rapporté a l’hospice, qu’il est à craindre que cet exemple soit suivi, n’ayant pas été payé depuis quinze mois.
Considérant enfin que les états des nourrices ont été envoyés exactement la Commission croiroit manquer au gouvernement si elle ne l’instruisoit point de la triste situation de cet hospice et ne redoubloit pas ses efforts auprès du gouvernement pour obtenir de prompts secours. L’humanité souffrante nous en fait un devoir et la justice nous le commande.
La Commission vu la lettre du Ministre de l’Intérieur à elle addressée par l’administration centrale du département de l’Ailier en datte du 27 thermidor dernier, a délibéré que copie de l’etat des remboursements qui ont été faits à la Nation en vertu de la loi du 23 messidor an 2 des contrats de rentes constituées qui appartenoient à cet hospice, ainsi qu’ampliation de la présente délibération sei’oit addressée tant à l’administration municipale de ce canton, à l’administration centrale du departement de l’Ailier qu’au Ministre de l’Intérieur afin d’obtenir du gouvernement le paiement des sommes qui lui ont été remboursées appartenantes a cet hospice, et ce conformement à l’article 10 de la loi du 16 vend"^® an 5 relatée dans la lettre du Ministre à nous addressée.
[Suivent les signatures.)
LIBERTÉ - ÉGALITÉ
A Moulins, le 11 vendémiaire l’an 7 de la Republique française, une et indivisible.
L'administration centrale du département de VAllier au Ministre de l'Intérieur.
Citoyen Ministre,
Nous vous adressons la délibération de l’hospice civil de Montluçon du 3 vendémiaire an 7 qui reclame des secours en payement de la somme de 42.014 fr. 25 c. qui a été remboursée par differens particuliers à la nation produisant 2.100 fr. 74 c. sans aucune retenue, plus une rente de 520 fr. sur l’hotel de ville de Paris. Les cantons de Montluçon, Desertines, Estivareilles, Huriel, S* Sauveur et S‘ Désiré sont de l’arrondissement de cet hospice et présentent une population très-considérable. Nous ne pouvons que reconnaître la légitimité de sa réclamation et nous scavons que cet hospice, dans ce moment est réduit a la situation la plus déplorable, depuis longtemps les indigents ny subsistent que par la charité de quelques âmes bienfaisantes; la rareté du numéraire, la stagnation du commerce, le peu de valeur des grains sont les motifs qui tous les jours font diminuer les revenus de cet hospice qui se trouve dans un dénuement absolu.
Ces administrateurs nous représentent qu’il ne leur est plus possible de soutenir le tableau douloureux que leur présente chaque jour la pénurie de leur ressource. Etre a la veille de voir périr de misere des malheureux sans secours, voila nous disent-ils notre position actuelle.
Nous sommes près de vous. Citoyen Ministre, les organes de l’indigence et nous sommes convaincus de votre humanité pour attendre d’elle tous les secours que nous sollicitons pour l’entretien et la subsistance des malheureux confiés aux soins de cette administration.
Nous vous prions de prendre en grande considération l’état afligeant ou se trouve cet hospice et de faire mettre à notre disposition les fonds nécessaires pour subvetiir au secours des malheureux.
Salut et fraternité.
DÉPARTEMENT DE l’allier