RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ - ÉGALITÉ
L’Aigle le 6 brumaire an 7 de la République française, une et indivisible.
L'Administration municipale de la commune de VAigle au citoyen Ministre de l'Intérieur.
Citoyen,
Nous vous avons invité par notre lettre dattée du 26 vendémiaire dernier de nous obliger de charger quelques uns de vos agents de choisir une citoyenne convenable pour régir l’hospice de cette commune, vous savez comme nous quelle doit être économe, avoir de bonnes mœurs et être républicaine ; voicy la situation à peu près de la maison quelle devra gouverner.
Quoiqu’il paraisse par les états envoyés que 50 enfants environ qui y sont élevés, soyent chez des nourices ; ils sont cependant en cette maison ; de plus il y a habituellement douze lits pour malades, tant du lieu que pour les militaires passants, en outre il y a cinq a six fous
qui y sont soignés et pour lesquels les parents payent une pension qui soulage la dépense habituelle de cet hospice.
Vous voyez qu’il seroit à propos d’avoir une femme en état de conduire tout cet embatage et celle qui quitte a bien des bonnes qualités mais elle est prononcée contre la republique; elle est horriblement fanatisée elle n’a pas voulu souffrir afficher dans l’hospice, la loy pour les instituteurs; au 2 pluviôse de chaque année, elle persiste à refuser le serment; elle fait chanter les angélus, les veni creator et ne parle aucunement des droits de l’homme et du citoyen à ces enfants. Enfin elle leur deviendroit très dangereuse ; sur la dernière lettre qu’elle nous écrivit était un cachet i-eprésentant en figure saint Thomas de Ville Neuve tout mitré et crossé et son nom étoit inscrit tout autour; elle est sur la liste des émigrés et s’est pourvue en radiation et elle n’a pas vraiment émigré la chose est prouvée. Elle a sous elle deux maitresses subalternes dont, les principes sont aussi inciviques que les siens propres et toutes trois doivent partir le même jour ; quoique la Commission administrative et nous serons moins embarassés de trouver ces deux derniers personnages que la première vous pourriez en envoyer trois. Il y a beaucoup de sujets à Paris convenables et icy nous n’en percevons que de très fanatiques. Veuillez bien seconder notre zèle.
Salut et fraternité.
[Suivent les signatures.)
RÉCLAMATIONS UNANIMES DES EMPLOYÉS ET SERVITEURS ATTACHÉS AUX HOSPICES CIVILS DE PARIS, RRUMAIRE ET PLUVIOSE AN 7
(Archives nationales, F"'*, 362).
Paris, leS brumaire an septde la république.
La Commission administrative des hospices civils de Paris au Citoyen Ministre de l’Intérieur.
Citoyen Ministre,
Les emploiés non nourris dans l’intéi’ieur des hospices sont aujoui’d’hui parvenus à un point de détresse dont le tableau est véritable-
ment déchirant. Depuis longtems nous gémissons de l’avoir sous les yeux, sans pouvoir y apporter remède. A diverses époques nous nous sommes adressés aux autorités supérieures pour obtenir d’elles les moyens de satisfaire à la dette que nous avons contractée envers ces citoyens peu fortunés, et qui a toujours été en croissant de jour en jour; mais jusqu’à ce moment nos efforts n’ont point été couronnés du succès. Cependant nous vous le répétons, la mesure de leur misère est à son comble; vous en jugerez par la dernière pétition qu’ils viennent de nous adresser, et que nous croyons devoir vous transmettre.
Il seroit sans doute cruel et en même tems dangereux de les laisser languir longtems encore dans la meme situation. Vous savez que les fonds décadaires que vous nous accordez ont le plus souvent une destination fixe, et qu’ils ne sont pas d’ailleurs a beaucoup près proportionnés aux besoins des hospices. Nous ne pouvons donc rien par nous mêmes.
Nous vous prions instamment. Citoyen Ministre, de jetter un coup d’œil favorable sur ces malheureux emploiés que nous recommandons à votre sensibilité et à votre justice, et de nous accorder un fonds extraordinaire spécialement destiné à acquitter au moins une partie de notre dete envers eux. Vous serez sans doute pénétré comme nous de la nécessité et de l’urgence de cette mesure.
Salut et respect.
Signé ; Lemoine, Levasseur, Avril, Porcher.
P. S. Nous venons d’apprendre avec beaucoup de satisfaction que dans votre dernière distribution de fonds, vous avez bien voulu penser à l’objet dont nous vous entretenons ici, et que vous lui avez affecté une somme de quarante mille francs, nous devons vous en témoigner notre reconnoissance, mais nous devons aussi vous faire observer que cette somme est un bien faible adoucissement à la position affligeante des emploiés. Elle suffit à peine au paiement d’un mois qUe nous allons effectuer et nous en devons près de 18. Nous vous prions instamment de conserver le souvenir de nos besoins à cet égard, et de nous destiner dans toutes vos distributions décadaires, un fond extraordinaire spécialement affecté au même emploi.