CHAPITRE II
Je demande que le Comité des secours soit tenu de faire un rapport sous huit joui’s sur les moyens d’anéantir la mendicité „ [Moniteur du 18, XIX, p. 641).
Malgré ces injonctions comminatoires, rien ne se fait, et le 29 germinal « un membre observe que la Convention nationale a rendu plusieurs décrets pour faire cesser la mendicité, et procurer des secours et moyens de subsistances aux indigens, que ces décrets ne sont pas encore exécutés. Il demande que le Comité des secours publics prenne les renseignemens nécessaires sur les causes de l’inexécution des dits décrets et en rende compte dans trois jours. La proposition est décrétée » [Décrets, p. 232).
En attendant ces explications, la commission des secours reçoit une avance provisoire de 20 millions (30 germinal an 2, Décrets, p. 241).
C’est seulement le 22 floréal suivant que Barère présente un volumineux rapport sur les moyens d’extirper la mendicité [Moniteur du 24 floréal, t. XX, p. 44S); il s’exprime ainsi : « Je dois vous parler des indigents dont le sjjectacle afflige encore la République. Il y a peu de jours vous applaudissiez à ces paroles : « Les malheureux sont les puissants de la terre ; ils ont le <( droit de parler en maitres aux gouvernements qui les négligent. « Ces principes sont éversifs des gouvernements corrompus ; ils «détruiraient le vôtre si vous le laissiez corrompre ». Les Comités de salut public et de sûreté générale, qui ont publié cet axiome terrible devant les représentants du peuple, ne doivent pas attendre que le peuple leur en reproche la stérile publication, ou l’inexécution des devoirs qu’il leur impose. Aussi le comité vient vous parler aujourd’hui des indigents, à ce nom sacré, mais qui sera bientôt inconnu à la République, il compte sur vos efforts à le faire oublier ». « La mendicité (lèpre des monarchies) est une accusation ambulante, une dénonciation
14. Le 8 germinal an 2 [Décrets, p. 75), « le comité d’instruction publique est chargé de présenter, dans le plus court délai un mode d’organisation pour les écoles de sourds-muets de Paris et de Bordeaux ».
15. Ce rapport a été tiré à un nombre considérable d’exemplaires et réimprimé dans divers départements.
. 16. Rapport de Robespierre, en date du 18 floréal an 2 [Moniteur du 19 floréal, t. XX, p. 403).
l’êre du provisoire
vivante contre le gouvernement, qui s’élève tous les jours au milieu des places publiques du fond des campagnes, et du sein de ces tombeaux de l’espèce humaine décorés par la monarchie du nom d’Hôtels-Dieu et d’hôpitaux... » « Le despotisme avait l’ostentation et le luxe du riche qui fait l’aumône ; la République doit avoir l’abondance et l’obscurité de la nature, qui répand chaque jour ses bienfaits... »
Suit une longue liste de diverses espèces de secours pour tous les âges et toutes les situations de la vie. « Plus d’aumônes^ plus d’hôpitaux », tel est le mot d’ordre donné par le Comité, car ces deux termes doivent être effacés du vocabulaire républicain... Le secours à domicile, dit Barère, est réclamé depuis longtemps; il n’appartenait qu’à la Convention nationale de parvenir à l’oi’ganiser et à en faire jouir les citoyens malheureux.
Après ce rapport, constatant d’une manièi’e irrécusable qu’il n’y a rien de fait, que les municipalités sont en retard et n’ont pas fourni les listes exigées par les lois de ventôse, l’Assemblée juge utile d’étendre encore son plan primitif et rend un décret sur « les secours publics donnés aux habitants des campagnes » {Décrets, p. 157) : « Il sera ouvert (art. I®’’) dans chaque département un registre qui aura pour dénomination : livre de la BïENFAisAA’CE NATIONALE. Le premier titre sera intitulé : cultivateurs, vieillards ou infirmes; le second : artisans, vieillards ou infirmes ; le troisième sera consacré aux mères et aux veuves ayant des enfans dans les campagnes ; les malades seront visités à domicile par des médecins cantonaux ».
La première fête nationale sera consacrée à honorer le malheur (18 floréal, Décrets, p. 113). La décade où elle sera célébrée, (( il y aura dans chaque chef-lieu de district une cérémonie civique, dans laquelle les agriculteurs et les artisans vieillards ou infirmes, les mères et les veuves désignées par la loi, ayant des inscriptions, seront honorés, et recevront, en présence du peuple, le paiement du premier semestre de la bienfaisance nationale i’' ».
17. Le Comité de salut public, par un arrêté du 5 prairial, &xeprovisoirement, et en attendant qu’il soit pourvu d’une manière définitive à l’extinction de la mendicité dans les grandes communes, les sommes qui doivent être allouées aux mendiants infirmes hors d’état de travailler [Moniteur, 12 prairial an 2, XX, p. 597).