LIVRE II. — CHAPITRE
ravis l’arrêt de 1660 ; la confirmation de l’Académie royale de chirurgie, de la Société royale de médecine, etc.
En dehors des grands centres, on rencontre évidemment peu de praticiens fort éclairés; les cahiers des Etats généraux ne ménagent pas les invectives à ces prétendus chirurgiens accusés de dépeupler les campagnes et d’enlever chaque année à l’Etat « plus de citoyens que dix batailles ne pourraient lui en faire perdre » ^6.
Quoi qu’il en soit, si en 1789 le personnel des médecins desservant les maisons hospitalières touche peu, les années suivantes il touche encore moins.
A Grest (Drôme), floréal an 2 ; « L’ofîicier de santé, homme instruit et précieux pour l’hôpital dont il est le médecin, le chirurgien, le pharmacien, réclame en vain depuis trois ans le salaire de ses soins et le remboursement de ses avances » (Arch. nat., F15, 431).
A Versailles (floréal an 3) : « Il y a deux élèves en chirurgie qui donnent quoique sans fortune du côté de leur famille, leurs soins sans émoluments, mais avec l’ardeur, l’activité et l’assiduité les plus méritoires... Le Conseil vote en leur faveur un traitement annuel de 120 livres chacun, c’est peu et c’est tout ce que peut faire la municipalité Versaillaise qui n’est guère plus k l’aise qpie son hôpital » (Laurent Hanin, Histoire municipale de Versailles, i. III, chap. xxvn, p. 423).
A Bourg (Ain), messidor an 4 : « Les officiers de santé sont créanciers de leurs gages » (Arch. nat., 277).
Dans la Dordogne (brumaire an 6) : « Tous les directeurs, agents, ofîiciers de santé, attachés aux hospices n’y reçoivent depuis plus de trois ans ni le traitement qui leur est dû, ni le remboursement des avances qu’ils ont faites... » (Arch. nat., F^^^
Le 27 nivôse an 7, « les médecins des hospices civils du département de la Seine exposent leur misère au citoyen Lareveillière-Lepeau par l’entremise du citoyen Mallet (Arch. nat.,
36. Cahiers de Paris ; bailliage de Vouvant {Poitou) ; paroisses.de Bondy, Attainville, été. Plus de cent cahiers s’occupent de la réorganisation des écoles de médecine, réclament des garanties nouvelles à exiger des pratieiens, etc.
LE PERSONNEL ADMINISTRATIF
pis, 364). Ils lui observent qu’ils n’ont presque rien reçu depuis plus de 17 mois, que plusieurs sont dans la plus cruelle détresse, et ont été forcés de vendre jusqu’à leurs livres. Qu’il y en a parmi eux d’octogénaires qui exercent depuis plus de quarante ans. Ils connaissent les bonnes intentions du Ministre de l’Intérieur pour eux, mais malheureusement sa bonne volonté n’a point encore eu d’effet, ils en ignorent la cause. Peut être même estil trompé et se recommandent au citoyen Lareveillière Lepeau pour l’éclairer sur cet objet très-important et très-pressant pour eux^'^ ».
Le 14 thermidor an 7, les deux officiers de santé de l’hôpital de Fontainebleau écrivent au Ministre de PIntérieur (Arch. nat., 367) pour obtenir le payement de leurs modiques appointements « en arrière depuis un an ». Le Ministre répond (7 fructidor) «... Je dois vous observer que ces appointements doivent être pris sur la Caisse des hospices auxquels vous êtes attachés et payés par un mandat de la commission administrative. Ces hospices à la vérité sont dans la pénurie dans le mornent actuel; mais aussitôt qu’il me sera possible de venir à leur secours, je leur ferai délivrer des fonds sur lesquels vous pourrez réclamer le payement de ce qui vous est dû ».
Il serait facile de multiplier ces citations; néanmoins, en dépit de cette détresse générale, malgré le service devenu écrasant par suite du nombre des militaires qui encombrent les hôpitaux civils, nous n’avons trouvé nulle part de plaintes au sujet de la manière dont les soins médicaux sont donnés. Médecins, chirurgiens, officiers de santé, élèves, rivalisent de zèle.
De même qu’à nos frontières menacées les hommes de cœur et de courage se comptent par centaines de mille et forcent l’admiration de l’Europe, ainsi sur le champ de bataille des établissements charitables, des citoyens généreux, laissant les sectaires verser des flots de sang et mener le pays à la ruine, se consacrent aux malheureux, aux inhrmes, aux malades, protègent dans la mesure du possible les humbles servantes des pauvres et, au
31. Au haut de cette lettre signée: Mallet, médecin du grand hospice d'humanité, est écrit un majestueux : a classer.