‹ La Révolution et les pauvresChapitre 68 sur 192 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

Comme on le voit, les phrases creusés et sentimentales abondent; quant à la répression énergique des coupables, il n’en est nullement question.

Le Ministre porte cette circulaire à la connaissance de la supérieure générale (14 juin) en ayant soin de lui faire remarquer : « que les sœurs doivent avoir l’attention de renfermer intérieurement leur opinion sur l’exercice du culte... 11 faut qu’elles aient, pour les ecclésiastiques qui se sont conformés à la loi, les égards et la déférence que leur caractère de fonctionnaires publics commande de la part de tous les citoyens... »

Malgré les circulaires et le bon vouloir de certaines autorités départementales, le mouvement s’accélère; le langage des décrets marque parfaitement le chemin parcouru ; « Sous l’Assemblée Constituante la loi appelle encore les hospitalières des religieuses^ elles sont les citoyennes religieuses pour l’assemblée législative. La Convention les enveloppe dans le mépris de cette expression filles ayant appartenu aux ci-devant comrnunautés de leur sexe^^ ».

Et quelles sont les charges qui pèsent sur ces femmes dévouées? Les registres d’écrou de Vannes et de Port-Solidor (Saint-Servan) vont nous l’apprendre ; « Caractère hypocrite ; entretenant le fanatisme et l’aristocratie ; au mépris de la loi, s’étant opiniâtrement refusées au serment ; ayant conservé partie du costume réprouvé; ne désirant que le retour des prêtres réfractaires qu’elles mettent au rang des martyrs ». Dans tous les départements, les mêmes mentions reparaissent : méprise la constitution ; fanatise les malades; favorise les prêtres insermentés, les cache, entend leur messe ; refuse de recevoir les prêti’es ayant obéi à la loi ; refuse le serment qui, lui est demandé personnellement ; membre d’une communauté qui refuse de se constituer à nouveau.

19. Ed. Fleury, Le Clergé du département de l’Aisne pendant la Révolution, 2 vol. in-8“, 1853, t. II, chap. xiv, p. 115-116.

20. Duchatellier, Histoire de la Révolution dans les départements de l'ancienne Bretagne, 6 vol. in-S", 1836, t. IV, liv. VII, chap. iii, p. 403-404.

21. 22 février 1791. Abbaye de Kerlot (Quiniper) ; « Considérant que l’élection d’une supérieure et d’une économe serait pour nous la consommation d’un par-

LES SERVANTES DES PAUVRES

Tels sont les prétextes odieux ou ridicules-’ qui motivent l’expulsion, l’emprisonnement, la déportation, la mort !

5 août 1791. Les sœurs qui desservent les hôpitaux du Mans refusant de reconnaître l’évêque constitutionnel Prudhomme sont expulsées par la populace 23.

Janvier 1792. Expulsion violente des dames hospitalières de Sainte-Catherine, à Quimper 24.

Avril 1792. Les sœurs sont forcées de quitter l’Hôtel-Dieu de Bourges, à la suite de la nomination du chapelain assermenté 25. A Saumur, on donne huit jours aux Augustines 26.

Août 1792. Expulsion des sœurs de l’hôpital général de Montpellier27. A Paris, paroisse de la Madeleine, les sœurs grises, accusées de refus de serment, sont enlevées et conduites devant le Comité de la section 28. H faut l’intervention de deux délégués de l’Assemblée législative pour apaiser le tumulte; quelques jours plus tard, la section des Quinze-Vingls dénonce les sœurs attachées à l’hospice des Enfants trouvés, faubourg Saint- Antoine.

jure.puisque chacune des religieuses a juré obéissance à l’abbesse jusques à la

mort.;

« Considérant que ce serait un vain palliatif à notre défection que de proclamer ou d’élire notre abbesse pour supérieure, puisque ce serait nous arroger lé droit de la confirmer ou destituer, à notre gré, et qu’on n’apaise point avec des

sophismes les murmures de la conscience. » (Abbé Téphany, op. cit., p. 316-

22. Une religieuse, à L’Aigle (Orne), « qui fait chanter les Anjreins, les Veni creator et ne parle aucunement des droits de l’homme et du citoyen », qui met sur ses lettres « un cachet représentant en figure saint Thomas de Villeneuve tout mitré et crossé avec son nom inscrit tout autour » (A. N., F^», 357). Pièces justificatives, n» XXXVII.

23. Dom Piolin, op. cit., t. I, liv. III, chap. ii, p. 281-282.

24. Abbé Peyron, Documents pour servir à l'histoire du clergé et des communautés religieuses dans le Finistère pendant la Révolution, 10-8°, 1892, p. 377.

25. Edmond Jongleux, Bourges et la Révolution française, '1789-1804, in-8°, 1895 chap. IV, p. 51.

26. Desmé de Chavigny, Histoire de Saumur pendant la Révolution, in-8°, 1892, p. 125-126.

27. Chanoine Saurel, Histoire religieuse du département de l'Hérault pendant la Révolution, 3 vol. in-8°, 1894, t. II, liv. III, chap. iii, p. 244.

28. Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, t. III, note de la page 94.

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