LES FEMMES PATRIOTES
La violence l’emporte ; les administrateurs cèdent ; les sœurs sont expulsées; alors les difficultés commencent. Dans la
46. Abbé Téphany, op. cit., p. 518. Parfois ce sont les chefs du mouvement révolutionnaire qui font ramener les religieuses dans les hôpitaux où elles sont maintenues à titre de prisonnières. « En l’an 2 une épidémie terrible vient envahir l’escadre mouillée devant Brest, le représentant du peuple Jean Bon Saint-André, alors en mission, envoie aux Comités Tordre de lui expédier, sous
LES SERVANTES DES PAUVRES
séance du 3 octobre 1793, Lebon dit bien « que partout leurs fonctions sont mieux remplies qu’auparavant, puisqu’elles le sont par des femmes patriotes » [Moniteur^ XVIII, p. 31). C’est le lang-age de la tribune; il faut chercher ailleurs la vérité. Nous avons vu que la populace se charge assez fréquemment de chasser les religieuses; cette intervention brutale porte ses fruits, on en profite quelquefois pour piller l’hospice.
Au Havre, le départ des Dames de Saint-Thomas de Villeneuve est le signal du désordre ; « il n’y a plus de règle, une liberté effrénée en prend la placé; un accès de tous les jours est laissé aux personnes du dehors, d’où résultent une déprédation, un pillage, notamment des linges et subsistances ; les citoyens qui administrent demandent l’adjonction d’officiers municipaux pour travailler de concert à réparer, au moins à arrêter les effets d’une aussi aveugle effervescence » [Lettre des administrateurs^ 8 messidor an S. Arch. nat., 302).
A Bourges, les hospitalières, une fois chassées, des scènes de bouleversement suivent et nécessitent « l’établissement d’une garde de sûreté » (Jongleux, p. 51). Les meneurs affectent de déclarer que le remplacement des sœurs est on ne peut plus facileen réalité, des obstacles presque insurmontables surgissent de tous côtés. A entendre les orateurs de clubs, des femmes, des filles patriotes vont se présenter en foule pour secourir leurs frères souffrants ; dans la pratique, les dévouements sont rares.
A Pontarlier, les jacobins décident, le 13 brumaire an 2,
escorte, avec tous les égards possibles les sœurs de la sagesse alors détenues de divers côtés. La Nation, dit-il, a besoin de ces femmes pour tâcher de sauver la vie aux défenseurs de la patrie ». Ce n’est pas là un fait isolé.
47. La question du départ des sœurs fut agitée le 20 septembre 1792 au sein du Conseil général de la commune de Besançon. « Un membre a avancé qu’il fallait dix ans pour former une sœur hospitalière et a conclu à ce qu’on gardât nos très inconstitutionnelles religieuses. Si j’avais l’honneur de connaître l’opinant, écrit le rédacteur d’un journal local, je lui demanderais de m’apprendre qu’elles sont donc les fonctions si difficiles, pour lesquelles il faut dix années d’exercice et je lui prouverais par l’expérience qu’il ne faut pas même une heure pour apprendre le métier d’hospitalière ; car il n’est aucune fille qui en entrant dans cet état, n’ait déjà versé un bouillon et de la tisane à son père, à sa mèi-e ou à ses frères malades » (J. Sauzay, op. cit., t. III, chap. xxxvi, p. 372).